Le docteur Fez est laid. Mais il compense cela par le fait d'êtr
Réédition du 13 mai 2009e le médecin de la belle Claudia. Cette jeune femme, épouse d'un riche industriel, a elle aussi un problème, bien qu'elle ne le considère pas comme tel. Elle hait son corps et tout ce qui a trait à l'exercice sensuel de celui-ci. Bien dépité de ne pouvoir convaincre la jeune femme qu'elle possède un atout dont la jouissance serait légitime, Fez s'empare d'une invention d'un de ses anciens camarades de médecine, le docteur Kranz. Celui-ci vient d'inventer un appareil miraculeux. Une simple puce posée sur la partie du cortex cérébral qui commande aux pulsions sexuelles (opération simple s'il en est), reliée à un boîtier de commande, permet de déclencher chez le sujet des états d'excitation comme on en a rarement vu. Bien sûr, la belle Claudia, si chaste et si prude, va devenir la cible du malicieux docteur, qui va tirer un malin plaisir à déclencher les envies de sa cliente dans les situations les moins propices.
C'est une préface de Manara qui ouvre cette parution, préface qu'il a orienté entièrement sur le propos de la censure, défendant avec le plus de logique et de raison possible, le type d'œuvre qu'il produit. Arguant que tant que cela reste dans le domaine de l'imaginaire et de la production ludique tout est permis, il souligne néanmoins l'éviction d'une planche entre les pages 26 et 27, retrait opéré d'un commun accord avec son éditeur, et qui ne gênerait pas, selon lui, la lecture. 
Pourtant, arrivé à la fin de la page 26, force est de constater que l'enchaînement est des plus étrange, mais dans le fouillis que constitue déjà, au niveau scénaristique, cette œuvre de jeunesse, la magnanimité d'un lecteur conquis n'en fera point grief.
C'est son manque d'expérience et de recul dans cet ouvrage, qui fut un de ses premiers, que met en avant l'auteur pour expliquer le retrait de cette planche, qu'il considère aujourd'hui être trop dans le délire du jeune créateur. Et on ne peut qu'opiner à ses propos à la lecture de l'ouvrage, du moins considérant les manquements sus cités. Les situations, les enchaînements, les dialogues, les attitudes qui émaillent toute l'histoire ne valent pas lourd et délivrent un ouvrage dont le développement se révèle décousu. Le tout sent surtout le travail d'un nouvel arrivant qui cherche son expérience et dont le but principal est l'exposition de la chair, qu'il sait si bien reproduire, et la satire d'une société bourgeoise qu'il ne porte pas en son cœur.
Tout le propos est orienté vers la dénonciation de l'hypocrisie d'une classe aisée, qui se cache derrière les atours d'une dignité feinte, qu'elle espère suffisamment tapageuse pour détourner le regard de ses hôtes quand elle se comporte comme le commun. Ainsi la belle Claudia se conduira comme la pire des trainées, soit disant sous l'influence du boîtier dont le déclic déclenche ses pulsions et qui s'avérera être une boîte vide. On montre ici que cette belle bourgeoise, si bien élevée, avait cela en elle de toutes les façons et que l'intervention extérieure n'est finalement qu'une excuse pour lui laisser l'opportunité d'exprimer sa vraie nature. Dans la même veine, le docteur Kranz, inventeur de la boîte, pourtant bardé de diplômes et drapé dans les ors de ces qualifications médicales, n'est qu'un rapace qui ponc
tue toutes ses phrases par le montant du prix de sa consultation. Ainsi, avec plus ou moins de finesse, Manara met en scène des situations dans lesquelles les gens bien comme il faut montrent leurs vrais visages que ne saurait leur envier les plus modestes.
Passant sur l'invraisemblance de l'histoire et surtout sur celle de la conclusion, qui met en scène cette boîte vide, censée déclencher les pulsions de Claudia alors qu'elle ignore totalement son existence, on voit plus facilement cette histoire comme un conte moral (et oui) sur le thème classique de la décadence des élites. Ainsi l'improbabilité de la situation de départ ne se résout dans l'impossibilité de la conclusion qu'à la faveur du propos général que ces deux parties cherchent à illustrer. Peu importe que les personnages soient au courant des détails, c'est leur comportement et ce que le lecteur en voit et en sait qui oriente le message et l'interprétation de la conclusion. C'est donc par une certaine candeur (et oui encore) que Manara montre maladroitement mais avec efficacité, par un scénario décousu mais orienté, les principale facettes, qui sont autant de défaut, de tous ses personnages.
athanagor []

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