7/10Déchus - Verset 2 - Eden, Ouvre moi tes portes

/ Critique - écrit par Maixent, le 14/06/2015
Notre verdict : 7/10 - Le sexe des anges (Ecrivez votre critique)

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Les anges sont arrivés sur terre et ce n'est pas joli à voir.

Changement d’éditeur pour Déchus. Alors que le premier tome paraissait chez Tabou en 2011, le deuxième arrive en 2015 chez Graph Zeppelin avec une réédition du premier et cela implique quelques différences. Du coup on garde la violence, mais on range les sexes en érection et les cuisses écartées. Les deux versions du premier album devant les yeux, la censure est flagrante. Des culottes sont apparues, des cases ont été coupées, et bien que cela ne nuise pas à la compréhension de l’histoire, on perd de la force originaire qui faisait de Déchus un livre marquant à tous les niveaux.


Eve
Le deuxième tome est donc forcément décevant, vu que l’on s’attend à une montée en puissance, ce qui est le cas dans la narration mais pas dans le dessin. Les personnages sont encore plus sombres, les situations plus scabreuses et violentes, et pourtant le dessin plus sage. Ce qui est assez troublant au final. Au-delà de cette censure qui modifie la perception de l’ensemble sans vraiment de raison, les deux albums sont d’excellente facture et l’on plonge avec délice dans ce monde corrompu par ceux-là même qui sont sensés émaner du divin.

Car dans Déchus, les anges venus sur Terre sont proches d’un système mafieux, ayant assimilés et intégrés tous les travers humains avec une soif de péchés qui leurs étaient auparavant inaccessibles. Ils sont violents, obsédés, happés par des pulsions de sexe et de mort en permanence, ce qui les rend paradoxalement  plus humains que les humains.  Esthel elle-même, envoyée par Dieu sur terre pour mettre fin à cette engeance se laisse déborder par ses pulsions dans une frénésie de sexe et d’amour.  On atteint avec Déchus un haut niveau de corruption, les anges reflétant au final ce que l’humain a de plus corrompu, animal incapable de se contrôler, prisonnier de son corps et des désirs immédiats.

Au-delà de ces réflexions philosophiques et religieuses qui transparaissent
Censure intégrée mais censure quand même
dans l’ensemble du récit, Déchus est une réelle bande dessinée « badass » avec des héros et des héroïnes hors normes ayant une classe folle et un sens inné de la pose. Eve par exemple, regardant le lecteur droit dans les yeux, jetant nonchalamment la télécommande, tandis qu’à l’arrière une explosion monumentale rempli la page en est le parfait exemple. Ca flingue à tout va, comme si on allait croiser John Wick au détour d’une page, et le découpage graphique à la Franck Miller renforce cette impression générale. Les albums sont donc terriblement efficaces, avec un rythme soutenu et des choix graphiques inspirés des comics. Aurélien Guilbert a su se nourrir des comics et références filmiques, sans pour autant faire du copié/collé, et réussit à insuffler sa propre personnalité dans ce récit prenant et réussi.  

Des albums très riches et bien pensés qui nous font entrer dans un monde étrange et fascinant, notamment par l’utilisation d’ « appendices » à la fin de l’album, une forme narrative mixte allant de la coupure de presse à des documents « inédits », plongeant le lecteur d’autant plus dans cette réalité alternative. Le deuxième tome de Déchus est donc très réussi et on attend le troisième avec impatience. On ne peut cependant pas nier la censure qui a été effectué et cela est bien dommage.

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