8/10Crèvecoeur - Tome 1 - Prométhée

/ Critique - écrit par iscarioth, le 20/04/2007
Notre verdict : 8/10 - "Flamand !" (Ecrivez votre critique)

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Crèvecoeur semble ne pas vouloir prendre ses lecteurs pour des crétins, avec une narration élaborée, riche et stylée.

Si les temps sont à l'évolution, à la bousculade des formules, paginations et formats, il existe encore des nouveautés, surprenantes, qui nous rappellent toute la puissance qu'il est possible de déployer dans un album de bande dessinée traditionnel. Le premier tome de Crèvecoeur, de Martin et Nicolas Duchêne, est l'une de ces démonstrations.


Quarante-huit pages, dans un décor polar de la première moitié du vingtième siècle. Nous voilà en terrain balisé. L'affaire qu'on nous dévoile ici s'introduit en Louisiane, avant de rapidement bifurquer vers Bruxelles, actuelle capitale (mondiale ?) de la bande dessinée (justement). Vieilles automobiles, majordomes, chapeaux melons et autres imperméables gris : l'ambiance sépia, un brin poussiéreuse et assurément glaçante, s'impose comme le décor historique du genre policier. Autre aspect symbolique du genre, les dialogues, affutés. Nos inspecteurs sont forts en gueule et ne manquent pas de se heurter à certains collègues malvenus (l'animosité entre les moeurs et la crim'). Autre clin d'oeil, celui fait à la police scientifique, qui envahit aujourd'hui nos tubes cathodiques (page 21). Comme à chaque fois, c'est donc une histoire de meurtre qui nous intéresse ici, un meurtre sordide et ultraviolent, commis par quelqu'un, ou plutôt par quelque chose. Le lecteur résiste à une avalanche de personnages dans les premières pages, avant de retrouver les rouages habituels des genres policier et thriller : les séquences d'observation du sordide « tueur présumé » succèdent aux phases d'investigation de notre couple d'enquêteur. Le mystère s'épaissit et nous passionne de plus en plus grandement, au fil des pages...


A tout point de vue, ce premier album de Crèvecoeur est abouti et maîtrisé. Les dialogues, tout d'abord, sont travaillés de manière réaliste. Réaliste, car les textes ne se plient pas à l'intrigue, en ce sens où les auteurs n'ont pas modelé leurs dialogues pour exposer platement l'intrigue au lecteur, évitant ainsi la pompeuse artificialité. On relève ensuite ce qu'il faut d'humour, avec des personnages forts en gueule. « Vous m'accompagnez ! », lance le commissaire. « Moi ? » répond le badaud, « Oui, vous, pas la porte ! ». De petites piques parfois vieux comme le monde mais mises en image de manière expressive et dynamique. D'autres gags sont pourvus d'une réelle et rare subtilité et enrichissent l'album, toujours dans cet esprit que nous expliquions plus haut, qui consiste à ne pas écarter les éléments non essentiels à l'intrigue policière (voir la dernière vignette page 20). Enfin, on soulignera également l'intelligence des transitions. D'une scène à l'autre, les dialogues s'entremêlent et se répondent par raccord, dans un style très cinématographique. A l'image de la galerie de personnages créés, les graphismes respectent pleinement le genre noir, en y puisant ce qu'il y a de plus sordide et passionnant.

Crèvecoeur semble ne pas vouloir prendre ses lecteurs pour des crétins, avec une narration élaborée, riche et stylée. Caractérielle et généreuse en rebondissement, cette histoire doit s'étendre le temps d'un triptyque : on attend avec impatience les prochains chapitres. Martin et Nicolas Duchêne s'annoncent d'ores et déjà comme des auteurs à suivre.

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