9/10Corps à Corps

/ Critique - écrit par iscarioth, le 25/08/2005
Notre verdict : 9/10 - La Confirmation (Ecrivez votre critique)

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On reconnaît une bonne bande dessinée du genre quotidien au fait qu'on a du mal à tourner la dernière page, qu'on peine à abandonner les personnages sur une tranche de vie.

Dès sa première réalisation en bande dessinée, Grégory Mardon s'est montré comme un auteur à part entière, capable de composer un récit de bout en bout, capable de donner à ses histoires une grande force émotive, une portée humaine... Après Vagues à l'âme, l'auteur a apporté confirmation sur ses talents, notamment avec un album paru dans la très prestigieuse collection de chez Dupuis, Aire Libre.

L'histoire

Corps à corps, ce sont les destins croisés de plusieurs personnes, qui n'ont parfois rien en commun. Jean-Pierre, secrétaire médical, ami de Cyril, doublure voix dans un dessin animé, qui fait la rencontre d'Agnès, fille du producteur dudit dessin animé et dont la mère fréquente le cabinet médical où travaille Jean-Pierre... Huit personnages principaux, au total, et des morceaux de vie qui nous sont rapportés, plus ou moins en profondeur, sur soixante-douze pages...

Atmosphère et profondeur

corp01f01.Corps à corps est une chronique remarquablement tissée. La vie des protagonistes s'entremêle. Ceux-ci se croisent, se passent le relais, sans jamais dérouter ni perdre le lecteur. On s'attarde un peu sur certains, de façon plus intimiste sur d'autres... Alors qu'une petite dizaine de personnages sont abordés sur quelques soixante-dix pages, on ne tombe jamais dans le stéréotype ou dans la simplicité. Sans jamais arriver à percer totalement les personnages, on devine une épaisseur, une expérience et une réflexion sous les regards. La tonalité générale de l'album est mélancolique, voire pessimiste, et cela se ressent particulièrement dans la façon de représenter l'univers urbain. Les passants et autres protagonistes ne prenant pas parti dans l'histoire sont des fantômes : grisés, coloriés uniformément de manière terne, effacés par des trames de traits noirs épais et incisifs... On peut remarquer une « zombification » de la foule. Ca devient flagrant lors de la planche finale, où deux des personnages finissent par se perdre dans la masse. Métro boulot dodo. La routine urbaine transparaît tout au long de l'album d'une manière très anxieuse.

Humaniste...

corp01f02.Avec Corps à corps, on a l'impression de se retrouver, au fil de l'histoire, face à un humanisme égalitaire. Dans les premières pages, on a tendance à juger, à aimer ou a détester un peu vite les personnages qui nous sont présentés furtivement. Une quinquagénaire qui privilégie l'esthétique au détriment de la santé, deux jeunes étudiants arnaqueurs, un homme d'affaire que seul le travail semble intéresser... Puis, au fur et à mesure, on se met à fraterniser avec ces personnages que tout semble séparer mais qui se démènent en fait tous avec la vie... Grégory Mardon confirme son sens profond de l'humanité, déjà très apparent dans Vagues à l'âme. Comment mieux exploiter cette fibre humaniste qu'en oeuvrant pour des genres comme la biographie ou le quotidien ?


On reconnaît une bonne bande dessinée du genre quotidien au fait qu'on a du mal à tourner la dernière page, qu'on peine à abandonner les personnages sur une tranche de vie. C'est bien cette douce mélancolie qui nous envahit au sortir de Corps à corps. Grégory Mardon est vraiment un auteur à suivre.

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