4.5/10Les Cons, ça ose tout

/ Critique - écrit , le 09/10/2006
Notre verdict : 4.5/10 - C'est con... (Ecrivez votre critique)

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C'est con...

Salut poulet ! Moi c'est Georges Lautner. Inutile d'ouvrir ton camembert, je vais te dire plus précisément à qui tu as affaire. Je ne devrais pas me fatiguer à formuler ce rappel, mais qu'est ce que tu veux coco, t'es pas une lumière, on y peut rien. Gabin disait que si on mettait les cons en orbite autour de la Terre, ils n'auraient pas fini de tourner. Ca va peut-être se faire remarquer, vu à quelle vitesse ils y vont déjà en touriste. Bref, revenons à nos moutons ma poule.


Je suis né en 1926, le 24 janvier pour être précis. Beh oui, c'est pour ça que j'ai l'air vieux. C'est la force de l'âge. J'ai passé ma vie à faire les 400 coups. Les entourloupes ont eu le temps de se graver sur mon visage. Quand j'ai débuté des études de Droit, je me suis dit qu'il y'avait un sacré paquet de néons éteints sur cette planète. Il était de mon devoir de leur éclairer mon génie. Tu l'auras compris chéri, Dieu m'a donné la foi, il est apparu devant un écran de cinéma illuminé par un projecteur. Tu connais les Tontons flingueurs ? Quoi ? On ne t'a jamais parlé des Tontons flingueurs ? Continues comme ça et tu vas te prendres une torgnole vite fait pour stimuler tes neurones, tu vas comprendre ! .... Les Tontons flingueurs, c'est toute une époque. Ventura, Blier, Francis, Cloclo et les autres... Ah mon gars ! C'était le bon temps ... Mon copain Audiard et moi écrivions avec le pastis à la main. Les films devenaient cultes à coup de répliques cinglantes. C'est pas comme aujourd'hui avec toutes ces magouilles commerciales où les producteurs s'essuient les fesses avec leurs euros. On faisait du cinéma, avec de vrais acteurs, de vrais gueules amochées ! Mais je n'userais pas davantage ma salive à propos de mon passé. T'aurais du mal à tout éponger, petit.

Parlons plutôt du présent. Comme vous autres, les cons, vous avez niqué le 7ème art avec vos goûts de cambouis, j'ai pris mes jambes à mon coup pour me planquer chez Le Lombard. Un poto un peu rudo, mais toujours prêt à te rendre service. Tu sais p'tit gars, les vieux comme moi, ils ont besoin de bouger sinon il vont direct pieuter dans leur tombe. Alors avec mon nouveau copain d' "à la vie à la mort ", Philippe Chanoinat, on a décidé d'écrire un scénario illustré par Phil Castaza. On voulait palper de la pellicule sur le papier; humer une nouvelle fois l'odeur égarée des polars éternels. Mais surtout, surtout, nous avons mis un point d'honneur à dénoncer les dérives de notre société. C'est pas nous les cons petiot, c'est le reste du monde. On y peut rien, ils sont tous tarés. Le seul moyen de les guérir, c'est de les mettre devant l'implacable réalité de la connerie pour ensuite entamer une thérapie de groupe. Pour cela, on a imaginé une petite histoire reprenant les codes humorisitiques d'autrefois, car "c'était mieux avant". Une intrigue pas trop intello (ce serait dommage de faire fuir le bétail dès la première page), mais avec une narration détâchée des faits quand même. Beh oui, c'est moi le chef ! J'ai le droit de me mettre sur un piédestale pour montrer que j'en ai dans le crâne. Enfin, je dis ça, c'est juste pour faire bien. En réalité, j'ai tout repiqué à d'illustres penseurs. Que ce soit Chateaubriand, La Fontaine, les citations de monsieur beauf... Tiens par exemple regarde bien cette vignette :

Ca fait bien hein ? Non ? T'as décidé de becter les poils de mon cul ma poule ? C'est ça ? Remarque, tu n'as pas tort. C'est pas moi qui ai imaginé cette métaphore antique, mais Guy Carlier. Combien de fois j'ai dû l'idolâtrer devant ma télé. Combien de fois l'ai-je entendu alerter la masse populaire des dangers de la connerie médiatique ? Dire qu'on pointe le pouce vers le bas avec un portable à la main pour virer Aziz du loft ? Bon ok, je plaide coupable. Mais comme disait Ponce Pilate je crois : "Je m'en lave les couilles".


Tu l'auras compris fiston, la science infuse maintenant, c'est moi qui l'ai. Mais depuis qu'Audiard a cassé sa pipe, j'ai pas mal de difficultés à être épaulé niveau inspiration. Rien que le sujet traité pour exposer mon point de vue sur la question manque de concret. Au début, je fais un énorme historique sur la famille Crapone (4 pages) pour me concentrer enfin sur l'action touchant les principaux acteurs de mon nanar. Parmi les protagonistes, tu as :

  • Tonio : un beau coquillage possédant le QI d'une huître. C'est simple : t'entends le bruit de la mer si tu te penches un peu.
  • Pour épauler Tony, il y a Gino. Gino, il trimballe toujours son même costume d'enterrement en plus d'avoir la gueule qui va avec.
  • Ensuite, tu rencontres Aldo : le porc de service incapable de faire correctement à bouffer.
  • Tony, Gino et Aldo ont une soeur qui n'égaye pas le tableau familiale à défaut d'avoir une carosserie flambant neuve.
  • Toute cette jolie troupe de lopettes pas foutues de se prendre en charge ont pour mère Angela. Une femme ingrate, obligée d'héberger son frère Pepito reconnaissable par sa taille sarkozienne, et la mamie lucide malgré sa cécité. Je l'aime bien la vieille. Elle me ressemble. Elle est ma porte parole bien-pensante. La perfection au féminin.


La famille Crapone survit à coups de vols à l'étalage ou de quelques hold up foireux. Qu'est-ce que tu peux y faire mon vieux quand tu as en face de toi une brochette d'andouilles ? Vaut mieux les cuire à point sinon c'est dégueulasse. Moi je fais ce que je peux mais j'suis pas cuisto. Toute la Bd explique pourquoi nos losers ne réussissent jamais leurs coups. Est-ce par manque d'ambition ? Par malchance impromptue ? Par traitrise infâme ? Non, ils sont tout simplement cons. Ils se trompent de demeure pour effectuer leurs cambriolages, explosent la caserne des flicards, ignorent ce que signifie le mot "incognito". Ces cons là, ils préfèrent incarner les Bébel de seconde zone. Rejouer les McQueen en motard pour La grande évasion avec la finesse de Jim Carrey dans Fous d'Irène. Le tout servi avec une réplique d'un écrivain issu du Romantisme en guise de cerise sur le gâteau. Tu ne trouves pas ça génial bébé ?... Quoi ? J'ai un peu trop forcé sur le pinard ? Tu veux une claque ou quoi ?

Je ne comprends pas, après tout ce que je t'ai dit, comment tu peux ne pas être convaincu. Soit t'es trop con ou alors tu es un génie. Je ne sais pas, peut-être les deux. Si t'aimes pas mon scénar, je ne t'en voudrais pas l'ami, c'est de bonne guerre. Niveau crobards, tu ne pourras pas cracher sur la marchandise par contre. Je veux bien admettre que ce n'est pas du Picasso, mais avoue que mon Philou a exécuté à la lettre son contrat ! Avec un dessin bien baguette-pas-trop-cuite et choux-de-bruxelle. Ca colle à l'ambiance de mes écrits d'antan. Des personnages au physique franchouillard, un peu grande gueule, mais gentil quand même. Fifi ne réinvente pas les lois du graphisme mais il te sert un truc propre, nickel. Sans plus. C'est vrai que la colo manque de personnalité. Faut payer un supplément pour ça, mais j'ai pas pu faire mieux cette fois ci.


Tu veux que je te dise gamin ? Entre nous, je pense que Les cons, ça ose tout te ferait beaucoup de bien. Mais tu risques d'avoir du mal à comprendre mon humour sans fin. Cependant, même si t'es pas futé, tu reconnaitras facilement ma patte. Je l'expose exprès pour toi ; pour te montrer que ça existe encore. Je suis le phare de l'espérance guidant à jamais les marins égarés... Tu n'aimes pas ? Tu préfères les gribouillis du Philou ? Moi je veux bien, mais qu'est-ce qu'un dessin sans un scénario ? Comme le disais mon défunt copain Jeannot :

"Il y a trois choses importantes dans un film :
-premièrement une histoire,
-deuxièmement une histoire,
-et troisièmement, une histoire ".

Tu crois que ça marche pour la BD aussi ? Non ? Ben voyons...

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