3/10Confessions d'un Templier - Tome 1 - Les révélations du chevalier

/ Critique - écrit par athanagor, le 20/11/2009
Notre verdict : 3/10 - Un Templier, ça termine raide (Ecrivez votre critique)

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Premier tome, assez plat, sur le Royaume de Jérusalem et sur ce qu'en aurait connu Jacques de Molay. C'est du moins ce qu'il en raconte avant de finir en knacki-feu-de-bois.

Pendu au plafond et battu comme plâtre, Jacques de Molay, grand patron des Templiers, est questionné par un cureton inquisiteur à la gueule de méchant, frère Humbert, qui semble pour le moins se délecter des sévices infligés au
vieil homme, sous couvert, toujours pratique, de la foi chrétienne vraie. Cherchant à arracher au moine soldat la confession de ses pêchés, à lui et à sa clique de sodomites adorateurs de Baphomet, il propose un retour sur toute l'histoire depuis le début, pour voir si, des fois, il n'y aurait pas des incohérences. Avant de lui faire signer sa déposition et de l'envoyer au piquet (où le feu sera bouter pour le salut de son âme) il va chercher, bien évidemment, à lui extorquer l'emplacement de la fortune des templiers, pour le compte du divisionnaire, Clément V, grand patron de la chrétienté romaine. C'est poussé en ce sens que Molay va revenir sur sa carrière, en commençant par ses début, à Saint-Jean-D'acre, alors gouverné par Edouard 1er d'Angleterre.

Dès le début de la BD, on a énormément de mal à se convaincre de la crédibilité du propos. Que le patron des Templiers, accroché dans une position fort inconfortable, décide de revenir calmement sur sa carrière et d'en faire part à ce moine qu'il vomit,
comme s'il s'agissait d'une « tea party » entre amis, c'est assez douteux. Que par la suite, il choisisse de ne pas faire l'impasse sur des détails qui n'ont d'importance que dans le cadre d'une narration classique et pas d'une révélation sous le coup de la torture, c'est suspect. Que pour finir, Molay développe des détails de l'intrigue auxquels il n'a pas participé, c'est carrément intenable. De plus, non seulement le postulat de départ n'est pas crédible, mais il faut rajouter que l'écriture des dialogues et des indications est faite sans grand talent. Utilisant ad nauseam la formule « an de grâce » pour situer l'action, qu'il s'agisse du récit fait par Molay ou des indications de l'auteur, le texte demeure, en dehors de cette enluminure, d'une platitude désarmante. Optant pour la narration factuelle (que suppose la confession de bonne foi) d'événements propres à l'évocation d'une aventure trépidante, le résultat ressemble à s'y méprendre au résumé d'un film porno par un autiste. L'usage de la formule ampoulée unique, tentative pour donner de l'authenticité à l'histoire, trouve également son pendant illustratif dans l'emploi de ce qui semble être le côté granuleux du papier canson, pour donner un effet parcheminé, très tendance, à une histoire du 13e siècle. Bref, on se plaît plus, à la lecture de l'ouvrage, à imaginer l'enthousiasme des auteurs heureux d'avoir trouvé des « trucs qui font moyen-âge », qu'à la lecture même de l'histoire. Pour finir et démasquer l'à-peu-près généralisé, notons que la légende de la toute première case, censée nous situer la date de l'histoire, mentionne bien le jour et le mois, mais oublie l'année (!?).

Le dessin, bien qu'il se prélasse sur une texture artificielle, n'est pourtant pas à proprement parler inintéressant, ni maladroit. Quelques passages recèlent même une certaine intensité. Cependant la nature et le style du trait semble incroyablement mal calibré pour le genre historique. L'illustration se serait, au juger, fort
bien entendue à la représentation d'une aventure fantastique ou d'anticipation. Mais dans les méandres d'un port des Etats latin d'orient, sous les assauts mamelouks, l'inconfort prédomine. Et, malheureusement, pour enfoncer le clou, les couleurs de Digikore Studio ont été choisies par un opérateur manifestement atteint de cécité, ou calibré par un logiciel pirate, fini à l'add-on. On sent bien malgré cela une vraie volonté de donner à l'ensemble une patte particulière, proche de Bruegel et d'une peinture datée sans être trop sommaire, mais le tout est trop artificiel pour gagner la confiance du lecteur et pour ressembler à autre chose qu'un gadget.

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