8/10Communardes ! Les éléphants rouges

/ Critique - écrit par Maixent, le 06/12/2015
Notre verdict : 8/10 - La patrouille des éléphants (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Une petite fille dans la tourmente de la guerre

La Commune, parenthèse importante de l'Histoire. Quelques mois circoncis géographiquement entre Versailles et Paris. Et pourtant, on ne fût jamais si près des utopies socialistes qui s'étaient développées au dix-neuvième siècle. La Commune alimente depuis l'imagination des auteurs et reste une base idéologique susceptible de faire évoluer les mentalités actuelles.


Aux armes citoyens

 En un sens, ce fût la première révolution féministe. Il y avait bien eu quelques femmes comme George Sand qui, en 1830, avaient pris de l'importance. Il y eût ensuite la Première Guerre Mondiale, où l'on se rendit compte que même sans les hommes, occupés à pourrir dans les tranchées, le pays se maintenait malgré tout et réussissait à maintenir une certaine cohésion. Mais la Commune reste une étape clé dans l'émancipation des femmes, et ce, dans toutes les classes sociales ; devenant une partie de la population qu'il faudra désormais prendre en compte et amenant à des bouleversements sociétaux d'importance.

Dans Les Eléphants rouges, l'héroïne n'est pas encore une femme mais une petite fille à l'imagination débordante. Prise dans les vicissitudes de cette guerre qui n'est pas la sienne, elle oscille entre des responsabilités d'adultes comme gérer les tickets de rationnement et des réactions d'enfant éprise de liberté, attirée par l'école buissonnière. Ainsi, consciente de la gravité des événements et désireuse d'y prendre part, elle devient la première chef de bande de ces gamins des rues, petits gavroches effrontés. Première élection d'une femme au pouvoir. Elle élabore une stratégie de guerre ambitieuse pour déloger les prussiens, dont le front été situé aux faubourgs, avec l'aide de Castor et Pollux, les deux éléphants du jardin des plantes, dans une version enfantine de Hannibal.

Entre fable naïve et réalité politique, Les éléphants rouges propose une lecture originale de cet épisode marquant. Sans être
Un nouveau chef

 trop didactique, l'ouvrage nous permet de mieux appréhender la réalité d'une Commune au féminin, notamment à travers le personnage de la mère de Victorine, mère célibataire et engagée tentant de joindre les deux bouts, mais sans pathos exagéré. A noter que Les Eléphants rouges se déroule durant l’hiver 70, soit juste avant les événements de la Commune.

Le dessin est mignon, utilisant une palette chromatique permettant une cohésion entre les cases et offrant de très belles planches. Plus qu'une simple illustration du propos que l'on pourrait trouver dans les bandes dessinées historiques, le dessin porte le récit et l'amplifie. Lucy Mazel est une jeune illustratrice bourrée de talent, avec un style identifiable au premier coup d’œil, privilégiant une technique traditionnelle mais sachant lui conférer une certaine modernité.

Au final, Les Eléphants rouges inaugure d'une très belle série, qui se poursuit en parallèle avec la parution simultanée d'un second tome, L'aristocrate fantôme. Et si ce premier tome laisse une part belle à l’imagination comme solution pour survivre à l’horreur, un peu comme dans la Vie est belle, le second sera plus ancré dans la réalité.

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse