5/10Les Colocataires - Tome 3 - Retour sur investissement

/ Critique - écrit par riffhifi, le 03/04/2008
Notre verdict : 5/10 - Ecologis (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 4 réactions

Collage de clichés sur les jeunes adultes et leurs préoccupations, Les Colocataires met un point final à l'histoire dans ce troisième tome. Comme ça c'est fait.

Commencée en 2005, la série des Colocataires trouve sa conclusion cette année dans un troisième tome qui fait preuve des mêmes facilités que les deux précédents, et laisse supposer un certain désintérêt du scénariste, qui a d'autres lièvres à courir. Il faut reconnaître que Sylvain Runberg, qui faisait quasiment ses premières armes avec cette série, s'est bien plus épanoui dans ses autres titres Hammerfall, Orbital ou encore London Calling (pour les éditions Futuropolis).

Jean-Michel, Julien, Antoine et Max filent un mauvais coton. Le premier sert des cafés dans une cafétéria en plein air, et en profite pour fournir dans les deux premières pages de l'album un résumé un peu lourdingue de la situation : Antoine est maqué avec Erika, le beau-frère de Max a quitté sa femme pour la propriétaire des colocs et Julien est prof dans un lycée catholique. Quant à Jean-Mi, il a fait son coming-out au grand dam de ses parents. Entre dissensions et développement de la vie personnelle de chacun, on sent venir l'éclatement de la cellule de colocation...

Si on pouvait reprocher aux deux premiers tomes de brosser les caractères à coup de rouleau à peinture et de manquer de subtilité dans les description de la "vie des
jeunes", ce troisième tome semble quasiment se désintéresser des personnages : les évènements sont enfilés comme des coquillettes sur un collier de nouilles, sans conviction ni tentative d'originalité, et même le décorum à base de références culturelles paraît moins visible que dans les épisodes précédents. Sorti d'une amusante auto-référence sous forme d'une librairie de BD qui vend le tome 2 de Colocataires, on se contentera d'une affiche de Matrix, une autre des Red Hot Chili Peppers, et un jeu vidéo Pokémon qui se battent en duel dans l'album, peinant à générer un environnement cohérent et familier autour de ces personnages à la nature dramatiquement unidimensionnelle. Max est un branlos qui ferait mieux de reprendre ses études. Antoine veut faire un disque. Jean-Mi veut un boulot et assumer son homosexualité. Julien est mal à l'aise dans l'école où il enseigne. Les histoires des quatre personnages ne se croisent pas, elles cohabitent. On pourra toujours dire que c'est le principe de la colocation, on regrette de n'y ressentir ni solidarité ni réelle complicité ; les colocs vivent ensemble mais le lien qui existe entre eux est purement artificiel, et on en vient à se moquer complètement de savoir s'ils vont rester sous le même toit ou non. Dommage quand même.


Le dessin de Christopher est ce qui conserve à l'album le plus de sympathie : dans la tradition de la collection Expresso, il s'inscrit dans la veine de ceux de Rudy Spiessert ou Dupuy-Berbérian, avec un trait peut-être un peu plus grossier mais une utilisation judicieuse de la mise en page, notamment quand la case et le décor disparaissent pour marquer la solitude ou le désarroi d'un personnage.

Point final d'une série qui a lancé Sylvain Runberg dans le petit monde de la bande dessinée, Retour sur investissement en est sûrement un pour son scénariste mais ne fera probablement pas date en tant que tel dans l'histoire de la bande dessinée. L'heure est aux nouveaux projets, comme pour le quatuor de colocataires.

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