7/10Les Colocataires - Tome 1 - Le Quatrième Passager

/ Critique - écrit par iscarioth, le 09/09/2005
Notre verdict : 7/10 - Quatre garçons pleins d'avenir ! (Ecrivez votre critique)

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Ce premier tome des Colocataires s'annonce bien moins mauvais qu'on aurait pu le préjuger. Sans vraiment rien apporter au genre, l'album utilise bien ses codes pour captiver le lecteur.

L'histoire

Julien, Jean-Michel et Antoine, trois jeunes colocataires d'une vingtaine d'années, sont à la recherche d'un quatrième larron pour partager le loyer. Après quelques tergiversations, ils finissent par adopter Max, un fils à papa irrespectueux et complètement irresponsable qui va les faire chuter plus bas qu'on ne l'aurait cru...

La mouvance quotidienne

Depuis le début des années deux mille explose un genre, celui du quotidien. Les bandes dessinées qui se proposent de tracer les différentes étapes de vie de monsieur et madame tout le monde se font légion. Comme chef de file de cette mouvance, on a bien sûr Monsieur Jean de Dupuy et Berberian. On retrouve aussi souvent des auteurs comme Jean-Philippe Peyraud, Isabelle Dethan, Grégory Mardon, Etienne Davodeau, Manu Larcenet et j'en passe... Et comme tout genre a ses écueils habituels, ceux du quotidien sont la caricature et l'idéalisation. Le Quatrième Passager n'échappe pas totalement à ces travers...

Le Péril Jeune

Quoi de plus « déliiiiiiire » qu'un groupe de jeunes copains qui cohabite dans un appart' en centre ville ? Dès le titre et la couverture des Colocataires, on pense au film de Lilienfeld, Quatre garçons pleins d'avenir ou encore à l'Auberge Espagnole de Klapisch. Apparemment, la même recette : le clash d'un groupe de copains que tout oppose mais qui sont définitivement liés par leur amitié et leurs gaffes... Dès la première page, on nous plonge dans le bain avec une scène de dispute entre deux stéréotypes : Antoine, le jeune rocker-fumeur-de-pétard-étudiant-en-histoire et Jean-Michel, le cravaté en communication très BCBG. Au bout de dix pages, on se dit que Les Colocataires ressemble à une bande dessinée scénarisée par un groupe d'ados de seize ans à qui on a demandé d'imaginer leur futur proche. On nous présente un monde universitaire complètement fantasmé, avec des étudiants qui glandent sur le campus comme des californiens à la plage. Des militants de l'unef partout, des T-shirts de groupe de hard rock, et une collocation pittoresque. Bref, un ensemble caricatural et naïf.

Et ça marche !

Et pourtant, les amateurs du genre quotidien s'y retrouveront. La lecture des Colocataires est agréable. Clash de personnalités, de moeurs, de situations... On retrouve dans cet album tout ce qui suscite l'excitation et l'évasion, au sein d'un genre, qui, paradoxalement, se propose de dépeindre le réel. On est même à plusieurs fois surpris et amusé des très bonnes trouvailles du scénariste Runberg : les soirées Fifa 2005-bière-fumette, très clichés mais tellement véridiques, la très bonne scène de l'accueil d'Erika par Max (avec cet astucieux jeu de bulles et de meubles), la réaction explosive d'un vendeur de BD franco-belge face à un tout jeune fan de mangas... Et puis, surtout, cette critique extrêmement acerbe de l'entreprise : la médisance, l'esprit calculateur, la course aux profits... Au fil des pages, Le Quatrième Passager va d'ailleurs se faire de moins en moins léger et atteindra même un certain climax dans les dernières pages, avec un dénouement très inattendu.

Représentatif ou démago ?

L'album est extrêmement référentiel. Runberg a mis toute une toile de fond culturelle dans son album : des cd de Green Day, de Placebo, des posters des films de David Lynch, de Ken Loach, du groupe Red Hot Chili Peppers, etc... On peut remarquer aussi de multiples clins d'oeil aux bédéphiles : un poster de Tardi, un étalage des nouveautés 2005 comprenant Marzi, Oscar ou encore le dernier Monsieur Jean... Une façon de représenter la culture de toute une génération ou de surfer sur la vague... Chacun le prendra comme il le voudra.


Ce premier tome des Colocataires s'annonce bien moins mauvais qu'on aurait pu le préjuger. Sans vraiment rien apporter au genre, l'album utilise bien ses codes pour captiver le lecteur. En refermant Le Quatrième Passager, ce final inattendu en tête, on est plutôt optimiste pour la suite... Vivement le tome deux !

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