3/10Clifton - Tome 21 - Balade irlandaise

/ Critique - écrit par athanagor, le 25/05/2008
Notre verdict : 3/10 - Douche écossaise (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

Pour sa 21ème enquête, Clifton se retrouve dans la décevante situation de ne devenir qu'un ersatz insipide de James Bond, l'humour en moins.

Malgré la difficulté où se trouve le simple mortel pour dater avec précision les épisodes successifs du détective amateur le plus célèbre d'Angleterre, au vu de tous les illustres noms de la BD qui s'y sont frottés dans un ordre approximatif, on peut tout de même et avec certitude arrêter sa date de naissance en 1959. On aurait donc bien aimé lui souhaiter, pour sa 48e année, autre chose que ce décevant opus. Le même mortel qui peinait déjà à mettre la bibliographie dans l'ordre, sera encore plus dérouté quand on lui demandera son avis sur ce qui, selon lui, a pu pousser Michel Rodrigue à se dépatouiller seul avec le scénario et le dessin de cette aventure.

Déjà bien en peine de dessiner convenablement les personnages sans les faire passer pour des croquis griffonnés à la va-vite, Rodrigue foire un dessin sur deux,D'une case à l'autre on ne sait plus...
D'une case à l'autre on ne sait plus...
et nous tient ainsi du mieux qu'il peut à distance de l'intrigue. On est du coup un peu surpris, et quelque peu vexé pour les puristes, de voir que quand ce monsieur s'occupe des nouvelles aventures de Cubitus, il est capable d'offrir un style plus que proche de celui de Dupa. Mais quand il s'agit de Clifton, non content de faire n'importe quoi et de dessiner des personnages anatomiquement improbables, il s'approche plus du style de Bédu (albums 10 à 16) que de celui de Turk (1 à 9), pourtant père pictural adoptif du héros que Macherot mit au monde. On a parfois même l'impression que certaines cases sont calquées de quelques croquis de travail que Bédu lui aurait confiés. Bref, un Clifton dessiné comme par un enfant de 7 ans qui rêve de devenir dessinateur de BD, ça fout réellement les nerfs.

Non content de faire n'importe quoi avec un crayon, Rodrigue développe son ... qui dessine quoi.
... qui dessine quoi.
scénario sur 48 pages d'un ennui profond. Ravalant un peu sa colère, le lecteur admettra tout de même que la base de l'histoire n'est pas plus dénuée d'intérêts que nombres d'intrigues pondues par De Groot, mais le grand talent de ce scénariste est de nous glisser du comique bien senti dans le tas, véhiculé le plus souvent par le caractère si particulier de son personnage principal et le parti pris de complicité engagé avec le lecteur. Or là, que dalle. C'est du Maurice Leblanc apocryphe, traité comme du Agatha Christie bourrée à la bière : ça vaut rien.

Toute la saveur du personnage, fortement ancré dans une image du fier sujet de sa majesté, dont la dignité n'a d'égal que le ridicule dont il est parfois victime, tout ceci est balayé pour laisser place à un Clifton propre, toujours au top et sûr de lui, avec une assistante top-modèle à ses heures et une pléiades de bitches aguichantes, n'étant là que pour sacrifier à cette mode désespérément conne de vouloir offrir du fantasme en guise de divertissement. Clifton répond à cette surabondance de fesses par un calme et une confiance en soi navrante d'héroïsme malvenu pour ce personnage dont la conservation du flegme a toujours été un combat acharné et contre nature. On l'aura compris, Clifton est devenu ce personnage dont il a toujours été l'antithèse : James Bond, et ça... ça sucks !

La pâle tentative qui est faite de coller à l'esprit original l'est par le biais de ressorts Clifton pour la liberté d'expression de Tibet
Clifton pour la liberté d'expression de Tibet
comiques, assis sur des grosses vannes qui sentent le mouflon, que se balancent les personnages entre eux sur le fait que l'un est gallois, l'autre irlandais et ce dernier anglais, le tout sur fond de tournoi des six nations. En apprenant que Rodrigue est un ancien joueur de rugby, on comprendra mieux ce qu'il a voulu faire : utiliser Clifton pour placer ce que peut avoir de désopilant sa vision de ce sport. Et c'est vrai que ce personnage aurait pu bien s'y prêter, disposé que l'on est à croire qu'il a tâté du ballon ovale à l'université. Seulement quand on sait pas raconter les blagues, mieux vaut rester sagement à les écouter.

C'est donc une énorme déception qui accompagne la fin de cette lecture. On espère que Clifton n'aura plus de nouvelles aventures pour deux raisons : la première est que si c'est là la destinée de ce héros, mieux vaut tout arrêter maintenant pour ne pas sombrer dans l'hérésie d'avoir, au final sur une série, plus d'albums pourris que de bons. Deuxièmement, on pourra alors contempler avec satisfaction la collection complète et définitive de Clifton, des albums 1 à 20.

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