9/10Civil War - 2006 - Guerre civile

/ Critique - écrit par riffhifi, le 22/09/2008
Notre verdict : 9/10 - We do need your civil war (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 2 réactions

Les intégristes des comics le savent : Civil War est déjà un classique. Les autres n'ont qu'à bien se tenir, parce que les 290 pages ici présentes dépotent sévèrement.

De tous les scénaristes de comics actuellement en activité, Mark Millar est probablement celui dont le nom mérite le plus d'être retenu. Après avoir fait des débuts d'abeille besogneuse sur des titres comme Judge Dredd, il secoue les esprits avec son Red son de 2003 qui présente un Superman communiste, et le violent Wanted la même année chez Image comics, qui fera l'objet quelques années plus tard (cette année, donc) d'une adaptation hollywoodienne aussi édulcorée que risible. En 2006, largement reconnu par la profession et par les fans, il papote avec quelques auteurs de Marvel et échafaude avec eux un plan machiavélique pour révolutionner un univers qui finissait par prendre quelque peu la poussière. L'idée ? Un crossover gigantesque, du genre de ceux qu'on se mangeait à l'époque des Guerres Secrètes dans les années 80, mais articulé cette fois autour d'un conflit de dimension politique, qui séparerait les super-héros en deux camps ennemis... Le projet se concrétise sous la forme d'une mini-série de 7 épisodes en 2006, mais Iron Manpower
Iron Manpower
celle-ci impacte tous les titres en cours de parution et a de graves répercussions sur la suite. Panini publie ce mois-ci sous le titre Guerre civile les 7 épisodes en question, ainsi que les cinq numéros de New Avengers qui paraissaient en parallèle. Le mois prochain, on en découvrira davantage dans Vendetta, et un troisième tome fracassant appelé La mort de Captain America atteindra les rayons en novembre.

Suite à une bourde tragique des New Warriors, un groupe de jeunes héros frimeurs et inconséquents, l'opinion publique se retourne contre la population de "super-humains" qui s'est fait un devoir de protéger ses concitoyens. Il va devenir obligatoire pour eux d'être recensés et soumis à un entraînement, puis de devenir employés de l'Etat ou du SHIELD pour protéger la veuve et l'orphelin. La feuille de paie, les pots de départ à la retraite, un monde nouveau s'ouvre aux super-héros, pour qui les notions d'indépendance et de secret s'apprêtent à devenir de vagues souvenirs. Les premiers à soutenir ce projet sont les grosses légumes superfriquées comme Tony Stark aka Iron Man et Red Richards. En revanche, à la surprise générale, Captain America s'oppose au projet, et prend le maquis en compagnie de ceux qui, comme lui, craignent les dérives totalitaires de la démarche... Marvel vous le demande via le slogan de la série : « Dans quel camp êtes-vous ? »

Spider-manipulé
Spider-manipulé
Au-delà des pronostics de fans (quel camp va choisir chaque personnage, lesquels vont y laisser leur peau, combien de temps Spider-man va-t-il garder son curieux costume made in Stark Enterprises, etc.) et des observations de geeks (le projet 42 est-il un clin d'oeil à H2G2 de Douglas Adams ?), Civil War est l'expression fulgurante du talent d'un scénariste qui sait superposer plusieurs degrés de lecture sans pour autant verser dans la propagande simpliste, la métaphore pachydermique ni la démagogie gentillette. Si on lui prête une préférence évidente pour le camp des parias mené par Captain America, on doit bien admettre que tous les protagonistes sont armés d'autant d'arguments que de super-pouvoirs dans leur quête de la meilleure voie. Rarement les stars du catalogue Marvel ont eu droit à un traitement aussi réfléchi sur une échelle aussi massive, ce genre de récit ayant été cantonné par le passé aux univers limités de L'Escadron Suprême ou de Watchmen. Le spectacle n'est pas oublié pour autant, les dessins de Steve McNiven sont tout bonnement éblouissants et rendent parfaitement justice aux héros qui peuplent la galaxie Marvel depuis quelques décennies. On n'échappe pas aux quelques planches de baston collective à la limite de la saturation, où tout le monde se met sur la tronche dans une débauche d'effets pyrotechniques aveuglants, mais l'essentiel de l'album ne réside heureusement pas dans ces pointes d'excès.

Forcément, arrivé en milieu d'album (ou plus exactement aux sept douzièmes), on Captain Amerikaputt
Captain Amerikaputt
retourne six mois en arrière, de janvier 2007 à août 2006, pour revivre les mêmes évènements sous un angle différent ; la saute de rythme est d'autant plus perturbante que la série New Avengers est dessinée par plusieurs artistes différents (mais scénarisée par le seul Brian Michael Bendis), et que leur trait contraste parfois méchamment avec celui de McNiven : Howard Chaykin notamment crée une vraie rupture avec les épisodes précédents, et Leinil Yu montre qu'il aime les cases verticales contrairement à McNiven qui n'en fait quasiment que des horizontales. Mais qu'importe, l'essentiel est bien de s'immerger au maximum dans la période troublée de guerre civile qui a secoué Marvel il y a moins de deux ans. Beau bouquin et belle édition (malgré une traduction imparfaite qui parvient notamment à confondre Johnny Storm et Tornade l'espace d'une case !).


Civil war #1
(juillet 2006)
Civil war #2 (août 2006)
Civil war #3 (septembre 2006)
Civil war #4 (octobre 2006)
Civil war #5 (novembre 2006)
Civil war #6 (décembre 2006)
Civil war #7 (janvier 2007)
New Avengers #21 - New Avengers disassembled / La séparation 1/5 (août 2006)
New Avengers #22 - New Avengers disassembled / La séparation 2/5
(septembre 2006)
New Avengers #23 - New Avengers disassembled / La séparation 3/5 (octobre 2006)
New Avengers #24 - New Avengers disassembled / La séparation 4/5 (novembre 2006)
New Avengers #25 - New Avengers disassembled / La séparation 5/5 (décembre 2006)

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