9/10Le Cinquième évangile - Tome 2 - L'antre de Cerbère

/ Critique - écrit par athanagor, le 18/12/2009
Notre verdict : 9/10 - L'odieux des chrétiens (Ecrivez votre critique)

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Suite de l'enquête du jeune roi lépreux de Jérusalem sur de mystérieuses disparitions, qui ne perd pas une once d'intérêt grâce à l'admirable trio d'auteurs.

Ce deuxième tome continue, avec le même panache, cette enquête au cœur d'une Jérusalem au mains des rois chrétiens. Perdue entre le politique et le militaire, au milieu d'une foule de personnages, l'intrigue fraie son
petit bonhomme de chemin, gagnant à chaque rencontre un peu plus d'épaisseur. Jean-Luc Istin, talentueux comme souvent, applique ici une recette qui lui portait déjà chance dans le deuxième tome de L'Ordre des Dragons, à savoir le tome d'explication, où il retient un peu ses chevaux pour éclaircir une intrigue que trop d'action finirait par tuer.

Optant pour l'évangile de trop, dont la teneur fait pleurer les fidèles, il propose une histoire qui ne s'appuie pas tant sur les révélations mystiques que sur les jeux et enjeux de pouvoirs que cette réalité suppose. Il est vrai que ce parti-pris de départ ne recèle aucune originalité, surtout dans cette collection qui distribue des intrigues sur les principes de dissimulations plus que sur les objets dissimulés. Aucune originalité, à ceci près qu'Istin remplit son contrat. Généralement les auteurs axent leur travail sur les complots, mais la bonne surprise vient plutôt de l'artefact mystérieux qui initie l'intrigue, qui s'avère souvent être une bonne trouvaille, alors que l'aventure poussive qui l'accompagne lasse dans les 20 premières pages. Cela vient peut-être du fait qu'une bonne révélation est le résultat d'un très bonne idée ponctuelle, là où une bonne intrigue naît petit à petit, d'enchevêtrements compliqués et longs, qu'il faut savoir tenir sur la distance et dont la qualité ne sera véritablement évaluable qu'à la toute fin. Donc, Istin y arrive ici, grâce à son talent, et sûrement aussi son métier, et il collabore ainsi efficacement à l'effort d'immersion du lecteur, en rendant lisible et intelligible cette intrigue politique et religieuse peuplée de tant de personnages aux motivations diverses.

Et d'immersion il est bien question. C'est le moteur même de cette BD,
ce qui nous entraînait déjà dans le premier livre et qui est ici confirmé. Evidemment, il y le trait superbe de Montaigne, expressif comme c'est pas permis, mobile, vivant... les qualificatifs manquent mais le résultats est là : on ne se pose pas de question, on n'en a jamais le temps en notre qualité de témoin des évènements. Pourtant, et sans vouloir rien enlever de la participation du jeune homme, il faut une fois de plus reconnaître l'apport incroyable des couleurs d'Elodie Jacquemoire dans l'impression finale. Peut-être plus que pour le précédent tome, son travail pèse ici de toute sa force dans l'envoûtement du lecteur. Les thématiques sont intelligemment secondées par des choix chromatiques toujours pertinent, qui renforcent inconsciemment les expositions successives. Plus qu'un simple travail de coloriste, Jacquemoire donne ici sa version de l'histoire, comme parviennent à le faire d'une image statique les grands photographes ou d'une image animée certains chefs-opérateurs. C'est véritablement dans son travail que se sublime l'osmose de ce trio, dans une BD dont l'emprise finit par estomper les à prioris qui pouvaient naître de cette énième histoire de templiers.

Ainsi, on continuera de s'émerveiller de la facilité apparente avec laquelle certains parviennent à nous emporter, par le seul biais d'un objet de 21 centimètres sur 27 et on voudra croire que les aventures de Baudouin IV et Guillaume de Tyr se poursuivent et se terminent avec la même intensité.

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