8/10Le Cinquième évangile - Tome 1 - La main de Fatima

/ Critique - écrit par athanagor, le 16/07/2008
Notre verdict : 8/10 - Cinq sur cinq (Ecrivez votre critique)

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Dans la série "Secrets du Vatican", Jean-Luc Istin avait déjà fait ses preuves avec L'Ordre des Dragons, mais n'étant pas du genre à se contenter d'une seule bonne note chez Krinein, il vient en chercher une seconde.

A l'automne 1174, Milon de Plancy, régent de Jérusalem, est assassiné lors d'une tournée d'inspection à Saint-Jean d'Acres. Guillaume, archevêque de Tyr, alors présent sur les lieux, s'empare de l'enquête car celle-ci l'intéresse au plus haut point : il a été le précepteur de Baudouin IV (dit le lépreux), futur roi de Jérusalem, à qui s'applique cette régence. De plus, la mise à mort de Milon se... et Juvisy, c'est là.
... et Juvisy, c'est là.
mble être autre chose qu'un simple assassinat politique, tant le rituel alors exécuté et l'état de la dépouille sont particuliers. Alors qui est le responsable ? Raymond III de Tripoli qui prendra la suite de la régence ? Saladin qui attend patiemment l'heure de reconquérir Jérusalem ? ou bien d'autres ennemis de la chrétienté dissimulés dans l'ombre des ruelles de la Ville Sainte ? Sur ces entrefaites, un autre mystère préoccupe le jeune roi, qui du haut de ses treize ans n'est autorisé que de loin à intervenir en politique : la disparition de 13 enfants arabes. Bien décidé à faire de Jérusalem une ville sûre bâtie sur la paix entre les cultes, il décide, accompagné de Guillaume de Tyr, de mener l'enquête sur ces disparitions, que la plupart de nobles ne voient que comme une affaire sans importance.

Basée sur des faits historiques et reprenant à son compte une période pendant laquelle Baudouin IV, encore jeune, voyait ses chroniques éclipsées par celle de sa cour, Jean-Luc Istin, après le premier tome de L'Ordre des Dragons, reprend son crayon de scénariste pour le compte de la collection « Secrets du Vatican » de Soleil. Et une fois encore, c'est un franc succès. Imbriquant habilement les intrigues po...où ça t'as dit ?
... où ça t'as dit ?
litiques, les complots sectaires et la psychologie brute de personnages plus vrais que nature, évoluant au travers d'une narration souple et précise dans un Moyen-Orient ciselé au millimètre, Monsieur Istin nous contraint à la lecture enthousiaste de son travail, à l'interrogation sur les motivations profondes des impétrants, à la perplexité de ne pas pouvoir cataloguer les actions et les individus et à frissonner à la mise en danger de ses héros. Reconnaissons là le talent de ceux qui savent nous émouvoir avec des histoires dont chacun connaît pourtant la fin, de Titanic où tout le monde sait que le gros bateau finit par couler (et si vous ne l'avez pas vu, autant que vous le sachiez tout de suite), mais où on se prend à espérer que les icebergs seront en grève ce jour-là, aux aventures de ce jeune roi intrépide, dont la condition et l'irrémédiable dégradation physique conduisent l'esprit sur les chemins d'une maturité précoce et qui, quoi qu'il puisse lui arriver dans cette BD, sera véritablement roi de Jérusalem à ses quinze ans, en 1176. Sans se voiler la face, ni vouloir faire croire que toutes les actions ne vont pas aboutir à un seul et même but, les multiples bastions présentés par autant de saynètes ne nous laissent que vaguement apercevoir vers où tout ceci se dirige, et c'est par un réel talent de mise en scène que cette succession, loin d'ennuyer, ne fait qu'attiser la curiosité du lecteur, avide de connaître le fin mot de l'histoire.

Pour le dessin, il faut une fois encore creuser la terre de ses genoux et implorer leNon mais... t'emmerdes pas, suis les flèches !
Non mais... t'emmerde pas, suis les flèches !
ciel de nous expliquer par quel miracle des illustrateurs arrivent, n'ayant pas encore trente ans, à faire transpirer une telle justesse de leurs traits. Que ce soit pour les expressions, les décors, l'atmosphère, l'architecture, l'humeur... bref on pourrait tous les passer, et encore applaudir le coup de crayon de Timothée Montaigne, qui s'accole avec un naturel troublant à l'intrigue de son scénariste, alternant avec facilité la vivacité d'une ruade, la souffrance d'un corps supplicié et la calme cruauté d'un assassin hanté par ses convictions. L'ensemble est un régal visuel assaisonné du toujours admirable travail sur les couleurs d'Elodie Jacquemoire, jonglant avec les spectres contrastés d'un crépuscule vu d'une rue de Jaffa ou de l'intérieur d'une chapelle, conférant à l'ensemble une unité bénie des dieux.

Bref, on serait tenté de crier au chef-d'œuvre et d'avancer un pied sur le chemin de l'annonciation d'une BD prochainement culte, si ce n'était le choix de l'histoire et l'univers dans lequel il prend place. Nous sommes en effet ces derniers temps abreuvés jusqu'à plus soif des croisades, de la Terre Sainte, des templiers et des cohortes d'assassins qui se produisaient à Jérusalem comme autant de comédies muJuvisy... Enfin !
Juvisy... Enfin !
sicales à Broadway. De Kingdom of Heaven de Ridley Scott à Assassin's Creed en passant par The Order avec JCVD et toutes les autres productions qui nous parlent soit de sectes encapuchonnées, soit du tombeau du Christ, on se fatigue d'entendre parler de ces chevaliers de la foi chrétienne, jusqu'à avoir envie de savater Adriana Karembeu les jours de collectes pour la Croix Rouge. Bien que le présent ouvrage parvienne à dissiper cette lassitude et à nous entrainer à sa suite, cette lacune d'originalité empêche de se prononcer sans réserve pour l'avènement de quelque chose d'énorme, mais juste de quelque chose de grand.

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