9/10Chute de vélo

/ Critique - écrit par Aurélie, le 03/10/2004
Notre verdict : 9/10 - Elle est bien tombée (Ecrivez votre critique)

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Davodeau réussit à signer une BD triste et tendre, drôle et touchante, douce et amère, mais jamais ennuyeuse. Un vrai coup de génie.

Depuis sa première BD, Les amis de Saltiel, Etienne Davodeau est le spécialiste des récits de tranche de vie. Avec Chute de vélo, il nous livre une petite merveille qui ne peut que trouver grâce à vos yeux.

Une BD avec de vrais morceaux de sentiments dedans.

Aidée de son époux Clément, Jeanne est venue retaper la maison de sa mère (qui souffre de la maladie d'Alzheimer) afin de la vendre. Pour les enfants, Sarah et Jean et leur cousin Jimmy, c'est l'occasion de passer des vacances d'été à s'amuser au grand air. Simon, l'un des frères de Jeanne, est également venu aider. Un personnage, ce Simon. Pour faire rire les enfants, il leur raconte comment, deux mois plus tôt, il a échappé à la mort dans un accident de voiture.
La grand mère, quant à elle, a eu l'autorisation de son hôpital de revenir quelques temps dans son anciennes demeure. Elle qui ne devait pas passer l'hiver est bel et bien là malgré ses trous de mémoires. Les ravages d'Alzheimer, le calvaire des proches. Elle ne reconnaît plus ses propres enfants, encore moins ses petits enfants, et demande sans cesse à rentrer "chez elle", à l'hôpital. C'est ainsi qu'un beau jour, elle demeure introuvable.
Un autre homme est venu aider à préparer la maison, un ami, Toussaint, décrit par Simon comme "le pauvre officiel de la famille". Mais Toussaint cache un secret effrayant dont personne n'aurait pu se douter.
En face de la maison, il y a un chantier que les enfants prennent plaisir à aller espionner. Plus que le jeu en lui même, ce sont les relations entre les deux hommes qui y travaillent qui intéressent les gamins. Un maçon et son apprenti passent leur temps à se chamailler jusqu'à ce que l'arpète crache dans le sandwich de son patron. Les enfants décident de le dénoncer, et le jeune homme est mis à la porte sans ménagement. Pour se venger, il décide de toucher à ce qui fera le plus mal à son patron...

"Je ne suis pas un héros"

chut01f01.De la souffrance, il y en a tout au long du récit. Mais c'est une souffrance "humaine", de celles que sa mère perd son droit de vote à cause de sa mise sous tutelle, Toussaint qui lutte contre son passé, pour racheter sa faute, en attendant que vienne pour lui le moment de se retirer.
Pourtant, sans nous livrer une histoire exceptionnelle, Davodeau ne tombe jamais dans la banalité ni la monotonie. Ses tranches de vie ont un goût rafraîchissant et nouveau. Il attaque sur deux fronts; le comique et le pathétique, jusqu'à charmer le lecteur. C'est inévitable. A coté de ces portraits au quotidien, Superman et les autres peuvent aller se rhabiller. Davodeau l'a bien compris : pas besoin d'être extraordinaire pour être exceptionnel.
Chaque scène fait écho à des souvenirs personnels, plus ou moins proches ; c'est notre enfance à chacun, le petit Jean qui apprend à faire du vélo sous les moqueries de son cousin et les vivats de sa grand-mère. Un brin de nostalgie qui touchera les adultes, mais saura tout de même ravir les adolescents.

Comme si on y était.

Davodeau prend plaisir à peindre un portrait tout en nuances de ses personnages : au diable le manichéisme ! Jimmy, adolescent moqueur, rebelle et cholérique qui crache dans la sochut01f02.upe parce qu'il s'est fait gronder, n'a pas eu une enfance facile. Mais au fond, c'est un bon garçon. Même le maçon, qui insulte copieusement son apprenti, devient un brave homme au fur et à mesure que l'intrigue progresse. Sous la plume de Davodeau, tous sont attachants.
Cela pourrait être une BD autobiographique, il se trouve que c'est une fiction. Pourtant, Etienne Davodeau excelle dans l'art de faire passer des émotions. Ainsi, lors des dîners dehors, en famille, c'est à peine si l'on ne sent pas la brise nous caresser le visage tandis que les derniers rayons du soleil nous chauffent délicatement la peau.
Avec ses traits fins et ses couleurs douces, comme son histoire, Davodeau esquisse des paysages qui semblent très proches de nous. Les visages, quant à eux, s'ils donnent parfois dans la caricature, ont le plus souvent un air très familier. C'est un vrai plaisir que de sentir une telle proximité avec une BD, et c'est probablement pour cela qu'elle est si touchante.

En racontant des anecdotes courantes de gens qui ressemblent à n'importe qui, Davodeau réussit à signer une BD triste et tendre, drôle et touchante, douce et amère, mais jamais ennuyeuse. Un vrai coup de génie. On applaudit et on en redemande, le sourire aux lèvres.

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