8.5/10Chroniques de la Lune Noire -

/ Critique - écrit par Val Lazare, le 24/06/2003
Notre verdict : 8.5/10 - Fils de Dvorak ! Quelle bonne bd ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 5 minute(s) - 12 réactions

Les Chroniques de la Lune Noire reste l'une des rares BD qui puissent être qualifiées de "culte", et ce, malgré la baisse de régime entamée. 

Les Chroniques De La Lune Noire, un nom familier pour une BD d'exception. Des couvertures superbes annonçant des combats épiques, des terres où le merveilleux porte une couronne, un monde vibrionnant de magie et arpenté par une poignée de héros en quête de gloire.

chroniquesdelalunenoire02couv_250.L'aventure commence en 1989 sous la plume d'un homme, que dis-je, un demi-dieu du nom de François Froideval. Froideval... tout amateur de BD doit sûrement connaître ce nom, le nom d'un des plus féroces condottières du ludique que la France ait jamais porté, lisez plutôt. Vers la fin des années 70, Froideval est directeur de collection chez Jeux Descartes. Armé d'une ambition ou d'un don de prescience démesuré, Froideval va, en plus de ses fonctions chez Descartes, sortir une vingtaine de jeux de stratégie et autres wargames, fonder le magazine Jeux Et Stratégie ainsi que la Fédération des jeux de simulations stratégiques et tactiques. Jurant solennellement avec Didier Guiserix de laisser leur marque sur le monde du jeu ou de mourir (je brode un peu là), il co-fonde le premier magazine de jeu de rôle digne de ce nom, j'ai nommé Casus Belli. Il y occupe alors les fonctions de rédacteur en chef, entre deux séances d'entraînement au katana (ah ! quel potin !). Tel le vif-argent, Froideval ne tient pas en place et il quitte Casus Belli en 82 (!!!) pour partir aux Etats-Unis rejoindre en tant qu'assistant le président de TSR, la plus fameuse société de création de jeux de stratégie et de jeux de rôle. Et qui était président de TSR à cette époque ? Gary Gygax, rien d'autre que le petit bonhomme qui inventa le jeu de rôle. Auteur et traducteur de suppléments pour Advanced Donjon & Dragon, Froideval décroche en 1989 pour entamer un beau soir la rédaction de certaines Chroniques. Ce soir-là, la nuit était sans lune, à moins que...

L'Empire de Lyhnn est immense, si vaste qu'il n'a pas grand chose à craindre de ses voisins, si vaste qu'en cette époque féodale, l'autorité de la Couronne est bien faible à l'intérieur de ses frontières, laissant quelques individus aussi dangereux qu'ambitieux se tailler des rêves de gloire.chroniquesdelalunenoire5a_22092003_250.

Haghendorf, Empereur de Lyhnn n'est que trop au courant de ces faiblesses. Il sait également que le pire reste à venir, l'Oracle lui ayant révélé il y a bien longtemps qu'un loup solitaire irait dévorer l'Empire vieillissant. Dans l'expectative, Haghendorf ne peut donc qu'observer celui de ses vassaux qui le trahira : le maître de l'Ordre des Chevaliers de la Lumière alias Fratus Sinister, homme autoritaire et veule ; le preux Parsifal, Paladin de Justice ; ou l'Archimage Haazheel Thorn, plus communément appelé la Lune Noire, sorcier n'ayant gardé d'humain qu'une apparence de sénile psychotique.
Bien loin de ces intrigues de cour, dans l'une des nombreuses provinces, un demi-elfe chasse le lapin... à la lance. Cet homme n'a pas de nom, il ne sait pas qui sont ses parents, c'est à peine s'il se rappelle son passé. Le hasard poussant notre homme-sans-nom à rejoindre une joyeuse troupe de pillards, il y fera ses premières armes, y rencontrera ses premiers compagnons et s'y forgera une identité : Wismerhill, demi-elfe au destin hors du commun...

...quelques dix tomes plus tard (sur les douze censés sortir), les terres de Lyhnn sont à feu et à sang, Wismerhill, baron de Moorck est un des plus fidèles soutiens de la Lune Noire dans sa lutte contre l'empereur. La pièce attend son dénouement.

Les Chroniques De La Lune Noire est une oeuvre majeure de la BD. Rendons à César ce qui est à César, Froideval a réussi un véritable coup de maître en faisant la somme de la littérature d'heroic fantasy et des premiers balbutiements du jeu de rôle en en rendant la substantifique moelle dans ces Chroniques : Wismerhill, héros romantique et baroque, n'est pas un parangon de vertu. C'est un assassin, un aventurier dont le sang ne fait qu'un tour, un demi-elfe à la morale douteuse prenant pour maîtresse la succube qui fit disparaître sa précédente compagne, un pantin aigri prenant les armes contre sa terrechroniquedelalunenoire10_13092002_250. pour consommer une vengeance personnelle... bref, il pourrait être le jumeau d'un Elric, personnage-phare des romans de Moorcook. Il n'est d'ailleurs pas sans rappeler dernièrement un certain Agone de Rocheronde. Les terres de Lyhnn sont foulées par des créatures chères à Tolkien, Vance et Howard. Chaque cité, forteresse, région fourmillent de nuances et de saveurs particulières... on peut y humer les secrets longuement mûris, les auberges pleines de nains bruyants à l'hygiène douteuse, les coffres-forts nostalgiques de la caresse du voleur... l'aventure!!!

Que dire sur les dialogues et les dessins... le début était parfait, Ledroit progressant de planche en planche, captant l'âme de la BD pour la sublimer, livrant un dessin correct et très vivant, régulièrement parsemé de planches pleines pages absolument époustouflantes... (ah ! la prise du krak dans le deuxième tome ! La bataille de la faille de Tzarok !) à la fois baroques et fantaisistes. Les dialogues quant à eux étaient équilibrés entre récit épique et punchline/réparties dignes d'une partie de jeu de rôle franchement pas sérieuse.
Mais comme rien n'est parfait en ce bas monde, la série a connu une petite baisse de régime à partir du tome six avec le départ de Ledroit remplacé par un Pontet devant s'accrocher non sans mal au style de son prédécesseur, une intrigue de plus en plus bourrine et des dialogues frôlant dangereusement le redondant.


Au final, Les Chroniques de la Lune Noire reste l'une des rares BD qui puissent être qualifiées de "culte", et ce, malgré la baisse de régime entamée. 


Liste des albums (mise à jour au 20 septembre 2008) :

Tome 1 - Le signe des ténébres (1989)
Tome 2 - Le vent des Dragons (1990)
Tome 3 - La marque des Démons (1991)
Tome 4 - Quand sifflent les serpents (1992)
Tome 5 - La danse écarlate (1994)
Tome 6 - La couronne des ombres (1995)
Tome 7 - De Vents, de Jade et de Jais (1997)
Tome 8 - Le Glaive de justice (1999)
Tome 9 - Les Chants de la négation (2000)
Tome 10 - L'Aigle foudroyé (2002)
Tome 11 - Ave Tenebrae (2003)
Tome 12 - La Porte des Enfers (2005)
Tome 13 - La Prophétie (2006)
Tome 14 - La fin des temps (2008)

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