1/10Celle que - Tome 1 - je ne suis pas

/ Critique - écrit par riffhifi, le 22/04/2008
Notre verdict : 1/10 - Celle que je ne suis pas. Du verbe suivre. (Ecrivez votre critique)

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Un néant d'autant plus vertigineux qu'il s'étend sur 200 pages, doublé d'un manfra qui ne s'assume pas. Le triomphe déprimant de l'hyperréalisme sans narration.

Vanyda est un des nouveaux espoirs de la bande dessinée appartenant au genre "quotidien", paraît-il. La jeune dessinatrice entame avec Celle que je ne suis pas une trilogie qui sera prolongée de Celle que je voudrais être et de Celle que je suis. Une trilogie qui reprend un personnage qu'elle a créé alors qu'elle était encore aux Beaux-Arts, et qui raconte... quoi exactement ? On serait bien en peine de le dire. La vie quotidienne de quatre collégiennes, élèves de troisième (de troisième 3 même, la plus cool que c'est trop bien), qui vivent... euh... leur vie. Voilà. Presque 200 pages.

Il faut avouer que le format et le dessin, ancrés ostensiblement dans la culture manga, ont déjà de quoi rebuter le lecteur peu client de cette école, qui se contentera sans doute d'apprécier la dernière case de la page 183 (ah ouais c'est maigre, mais quand on a du mal à aimer...). On peut aussi se dire que les histoires
de collégiennes s'adressent à un public d'un certain âge et d'un certain sexe (c'est quand même dommage). Mais finalement, un album avec les mêmes restrictions comme Rachel se lisait plus facilement, grâce à un récit orienté sur un sujet cucul mais identifiable (quel mec choisir ?). Ici, tout ce à quoi on a droit, c'est la vie quotidienne de ces ados, qui vont en cours, sèchent, lisent des manga, vont en boum et regardent les mecs en faisant hihi. Le tout est agrémenté de dialogues qu'on souffre trop d'entendre dans la vraie vie pour se réjouir de les voir retranscrits par écrit. Au hasard : « Franchement, on a une trop bonne classe ! Et y a même plus ce boulet de Pierre Lancêtre avec nous ! » « T'as raté la culotte de Gaëlle, genre le truc le plus moche de toute la Terre ! Ha, ha ! A mourir de rire, même ma grand-mère en avait des plus jolies ! » ou encore « J'ai trop cru qu'ils allaient tout capter, direct ! ». Notez que la quasi-totalité des phrases se terminent par un point d'exclamation, enthousiasme d'autant plus fatigant qu'il n'est au service d'aucune intensité dramatique.

Le grand argument de ce type de bande dessinée est probablement le même que celui des films d'Abdellatif Kechiche (L'esquive, La graine et le mulet) :
l'hyperréalisme. Il est désormais considéré comme génial de retranscrire fidèlement la réalité qui nous entoure, sans l'enrober de romantisme, de merveilleux, d'humour, de verve, ou même du moindre embryon de fiction. Cet hyperréalisme, on peut le rapprocher de la télé-réalité... mais en pire, car il nécessite un effort supplémentaire (réunir le budget et l'équipe du film, dessiner 200 pages de bd) et se pare de prétentions intellectuelles dont son cousin télévisé se contrefout. Mais dans la télé-réalité comme chez Vanyda ou Kechiche, il y a un point qui est négligé : la vraie vie, elle est déjà au coin de la rue. La fiction, c'est autre chose. Bien que de toute évidence, il y ait un public pour cette offre.

On appréciera aussi le fait que dans le bottin de Lille, une adresse familiale est répertoriée sous le prénom du fils de 14 ans. Parce qu'à Paris, c'est plutôt sous le prénom d'un des parents.

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