6/10Casiers judiciaires - Tome 1

/ Critique - écrit par riffhifi, le 16/04/2008
Notre verdict : 6/10 - Faites sortir l’accusé (Ecrivez votre critique)

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Vannes de tribunal, accusés consternants et assignations dérisoires : cette nouvelle série signée Lefred-Thouron et Diego Aranega semble puiser à deux mains dans la réalité. Trop pour être vraiment drôle, à vrai dire.

Scénariste et dessinateur d'humour depuis plus de vingt ans, Lefred-Thouron a officié notamment dans Hara-Kiri et le Canard enchaîné, et a récemment repris les rênes du scénario de Superdupont main dans la main avec Gotlib (on vous en reparlera copieusement prochainement). Pour peupler les pages de Libération, il s'est associé à son cadet Diego Aranega, auteur de la série Victor Lalouz chez Dargaud (trois tomes à ce jour), et s'est attaqué au système judiciaire français. Bien que le verbe attaquer soit ici bien trop fort pour décrire la démarche de Lefred-Thouron : sage et gentillette, la série Casiers judiciaires remplit son rôle de
divertissement inoffensif sur un sujet qui permettait pourtant tous les excès. Elle puise même si ouvertement ses racines dans la réalité (la réalité la plus propre, encore une fois) qu'elle loupe de loin le déclenchement d'hilarité.

Les 91 gags de l'album se concentrent sur une partie relativement mesquine de la vie juridique : aucun violeur, aucun meurtrier ne traverse les pages (un seul cas de meurtre est évoqué, mais c'est le médecin légiste qui intervient) ; le créneau ici, ce sont les conducteurs qui picolent, les jeunes des cités qui insultent les magistrats, et les voleurs de télé peu malins. Les pires cas présentés sont des pratiquants de l'exhibitionnisme ou de la violence conjugale, ce qui n'est pas joli mais représente une réalité plus accessible au lecteur lambda que les affaires criminelles graves. On évitera tout de même les querelles de voisinage et les procédures de divorce, mais le but est clairement de permettre au feuilleteur de Libé de s'identifier facilement à l'accusé, ou (au pire) aux membres de la cour sans se sentir menacé par l'accusé. Usant, comme Victor Lalouz et De Gaulle à la plage (parus eux aussi dans la collection Poisson Pilote), d'un format entre le strip et le gag en une page, Lefred-Thouron et Aranega jouent la carte de la crédibilité dans l'humour : à quelques excès près, et si on considère que les paroles du président sont remaniées dans un but comique, on peut facilement imaginer que 95% des gags présentés ne sont que des « perles » réellement entendues dans un tribunal. A vrai dire, dans ce contexte, la plupart des anecdotes seraient effectivement tordantes : lorsque l'avocat prétend que son
client effectuait des achats délictueux « pour nourrir sa famille » et s'entend répondre « avec 5 téléviseurs à écran plasma ? », on doit bien se bidonner dans la salle d'audience. Devant une BD, moins. Ce n'est pas assez audacieux, pas assez malin, c'est juste crédible.

Le dessin de Diego Aranega fait son possible pour injecter la cocasserie dont manquent les textes : les personnages ont des bouilles bien rigolotes, et leurs expressions faciales en cas de surprise ou de désespoir font preuve d'une économie de moyens qui fait mouche. Certains personnages récurrents finissent par devenir des figures comiques attachantes. Mais on ne peut s'empêcher de regretter que Lefred-Thouron se soit contenté de chauffer les bancs d'un tribunal pendant quelques mois pour y glaner des brèves de prétoire à peine remaniées. Et s'il ne l'a pas fait, on regrette que ce soit l'impression qu'il donne. Le résultat est sympathique, mais trop consensuel pour être vraiment drôle. On appréciera cependant les pages de gardes sobres où s'est glissé un poisson d'avril discret.

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