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9/10La capitaliste rhénane

/ Critique - écrit par Maixent, le 15/12/2013
Notre verdict : 9/10 - Deutsche Qualität (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Un SM très intellectualisé dans un univers froid de qualité

Le cinéma expressionniste allemand est reconnu comme une référence absolue en la matière, les effets d’ombre et de lumière de Fritz Lang  ou Murnau ayant marqué à jamais l’histoire et la manière de tourner un film. Mais l’expressionnisme touche tous les arts. On peut lire sur wikipédia : « L'expressionnisme est la projection d'une subjectivité qui tend à déformer la réalité pour inspirer au spectateur une réaction émotionnelle ». Quoi de plus naturel à partir de cette définition à ce que la bande dessinée et plus particulièrement la bande dessinée de genre utilise ces codes pour faire passer un message. On pensera notamment à Eva de Comès, album troublant jouant sur la beauté des contrastes et utilisant des codes graphiques forts pour mettre en avant une sexualité ambigüe, emmenant le lecteur dans les méandres tortueux de son esprit.


Fouet
Avec un dessin entre Tamara de Lempicka et Magnus, Yxes met clairement l’accent sur la soumission des hommes par les femmes. Ouvertement BDSM, l’album suit Heike Von Harbsthal, Domina puissante à la tête d’une entreprise produisant du sperme artificiel, ce qui met en péril la survie du sexe masculin. Si le synopsis n’est pas très intéressant, il est surtout prétexte à mettre en avant une société tenue en laisse (au sens propre parfois)  par des femmes fortes régnant avec une main de fer sur des hommes à leur merci.

On retrouve tous les codes du genre, que ce soit dans l’habillement, entre l’uniforme nazie rappelant le Portier de Nuit, les tenues de cuir ou de latex ; et bien sûr tous les accessoires, fouets, menottes, panoplie de canasson ou autres baillons boules. Mais il ne s’agit pas là d’un catalogue du parfait BDSM. On
Hommage à Charlotte Rampling  
ressent une vraie fascination de l’auteur et une maîtrise de son sujet et si les hommes sont les victimes consentantes de ces sévices flatteurs, sans dire un mot, ils dégagent une certaine émotion. On est dans une intellectualisation totale de l’acte où la jouissance n’est pas la priorité. C’est bien le fantasme qui l’emporte avec une forme de sexualité déviante, c’est-à-dire ne se focalisant pas sur les moyens de jouissance habituels. Et si certaines images peuvent être choquantes, comme un homme cagoulé, agenouillé et pris par un berger allemand, le traitement de l’histoire et du dessin permet de rester dans un au-delà littéraire proche du Château de Cène où la violence ressentie et le dégoût probable poussent le lecteur vers le sublime.


Machine à traire
La composition est parfaitement maîtrisée avec des dialogues taillés au scalpel, d’une précision chirurgicale. Pas un mot de trop dans cette chorégraphie du plaisir ou soumission et domination s’affrontent en silence. Et si le son de The man that got away résonne parfois dans la froideur de la morgue dans un dernier adieu au défunt c’est surtout le silence qui prédomine et nimbe l’album de son écrin.

Au niveau de la sexualité proprement dite, Alixe a été spécialement créé par la Musardine pour être le label off, pour y publier des productions érotiques en marge des circuits traditionnels. C’est pourquoi cette ode au sadomasochisme fait un peu office d’Ovni, loin des clichés habituels. Mettant en lumière un univers particulier sans aucune retenue, permettant une expérimentation de l’extrême qui pourra surprendre la plupart des lecteurs mais ravira ceux pour qui la sexualité est d’abord une histoire de réflexion et de rapports entre les êtres avec la mise en place de moyens pour vivre une sexualité hors norme. Un très bel ouvrage qui inaugure cette collection, allant au-delà de la facilité et de l’excitation facile, proposant une alternative à la bande dessinée de genre sans pour autant rester trop confidentielle.

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