9/10Bulles & Nacelle

/ Critique - écrit par riffhifi, le 07/07/2009
Notre verdict : 9/10 - Petits miquets (Ecrivez votre critique)

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Renaud Dillies met en bulle une souris solitaire et dépressive atteinte de la panne de l'écrivain. Parviendra-t-elle à prendre son envol ?... On espère du moins qu'elle parviendra à capter toute l'attention qu'elle mérite.

A trente ans, en 2003, Renaud Dillies réalisait Betty Blues, salué au Festival d'Angoulême 2004 par le prix du meilleur premier album. Ont suivi Sumato en 2004, Mister Plumb et Mélodie au crépuscule en 2006, Frère Joyeux en 2007, tous chez Paquet. Courtisé par Dargaud, Renaud Dillies saute le pas avec ce fabuleux Bulles & Nacelle, qui devrait enfin le faire connaître auprès d'un public plus large.


Charlie est une petite souris blanche, triste et solitaire.
Emmitouflé dans son écharpe rouge, notre petit héros poilu ne craint pas le froid, mais la page blanche. Pour amener de l'encre à son roman, celui-ci va se trouver plongé dans un monde... peuplé. Dans un univers qui lui est étranger, et pourtant situé juste derrière sa fenêtre.
Au risque de perdre son copain bleu Solitude, et au fil des rencontres, Charlie va rajouter des couleurs dans son intérieur noir.

Où est Charlie ?

De ses albums précédents, Dillies garde la mélodie (sur fond de jazz qui se fait plus discret), l'animalitude (sans animalité) et la base de gaufrier rétro sur laquelle il construit amoureusement ses pages. Plus de bulles que de phylactères dans cette aventure où le héros est ballotté de tribulation en vicissitude (pour reprendre l'expression du sous-titre - Les aventures de Charlie la Souris ou les vicissitudes du muridé solitaire) avec l'espoir paradoxal de trouver l'inspiration sans devoir renoncer à sa solitude bien-aimée... Le ton est onirique, enchanteur, noir et envoûtant, et n'est pas sans rappeler Jolies ténèbres pour sa capacité à juxtaposer de façon saisissante l'imagerie enfantine à la cruauté de la vie. Le traitement graphique est en revanche sans rapport, privilégiant une approche surannée soulignée par la mise en couleur de Christophe Bouchard. Le
gaufrier permet par ailleurs à Dillies de développer des effets percutants, à la fois dans ce cadre strict (le parallèle entre les planches 12 et 13), dans son détournement (la grande roue planche 15), dans son effacement (la planche 25 et sa traversée du vide) ou dans son éclatement (l'envolée de la planche 53).

Difficile de résumer l'album, ou de comparer son univers à d'autres : on pourrait dire que le dessin emprunte vaguement à Crumb et à ses ombres oppressantes faites de petits traits ; ou que la narration coq-à-l'âne fait penser à Fred et à son penchant pour l'onironautique... Mais ce ne serait pas faire justice à Renaud Dillies, qui s'impose comme un des auteurs les plus inspirés de ces dernières années. La poésie qui se dégage de Bulles & nacelle vaut le détour, et devrait faire date.


Cet article a bénéficié de l'inestimable concours de Luz

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