3/10Breathe

/ Critique - écrit par athanagor, le 16/04/2009
Notre verdict : 3/10 - Sigh (Ecrivez votre critique)

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La collection Comics de Soleil s'enrichit de ce one-shot dont la couverture laisse espérer beaucoup plus que ce qu'on y trouve. Le verbe s'enrichir est donc à prendre au figuré.

Petit format, petit effet du minimalisme de la couverture, avec la petite mine de l'héroïne en guise d'accueil, le premier contact avec cette petite BD pique la petite curiosité du lecteur. A quoi peut-on bien s'attendre d'une BD appelée Breathe où le visage d'une jeune femme semble nousJ'comprends pas...
J'comprends pas...
prendre à témoin, avec ces quelques gouttes de sang pout tout maquillage, et cet air triste comme la traduction de ce qui semble être une nudité subie, suggérée par l'apparition des épaules découvertes que tentent péniblement de recouvrir deux mèches de cheveux ? Si, à la vue de cette couverture, vous pensez « harcèlement sexuel, femme battue et compagnon violent » et à la réponse désespérée d'une femme pour reconquérir sa vie et sortir la tête hors de l'eau, sachez que vous n'êtes pas seul.

Pourtant il va bien falloir vous détromper. Breathe est bien l'histoire de la vengeance de cette héroïne, mais elle ne s'exerce pas sur son amant. Cette jeune femme est en fait une jeune fille de 13 ans prénommée Mi Ling, et sa souffrance n'est pas physique. Partie pour une retraite quasi-quotidienne dans les collines qui borde son petit village, perdu dans la Chine de la fin du 18e siècle, Mi Ling commence sa journée en rêvassant. Surgit alors Zhen, son ami de toujours qui vient, en pleurs, lui annoncer une terrible nouvelle. L'horreur empêchant le jeune garçon de parler, c'est l'angoisse qui poussera Mi Ling à regagner son village en courant, pour découvrir, avec horreur, le massacre de toute sa famille. Qui a bien pu commettre cette atrocité, pour quel motif. Bien vite les soupçons se tournent vers la bande de voyous mafieux qu'emploie Zhan Mu, le père de Zhen.

Enfin... c'est la direction que l'on tente de faire prendre au lecteur par le fil naturel de l'histoire, si tant est que ledit lecteur n'ait pas porté son regard sur le quatrième de couverture, tellement mal rédigé que sa dernière phrase crache le morceau de toute l'intrigue en tentant de faire monter la sauce, et entre nous ce n'est qu'à moitié dommage. Car, du coup la lecture ne présente plus aucun intérêt si ce n'est celui de connaître les motivations du tueur. Et pour ce faire, il faut une bonne histoire, bien écrite. Et là, c'est le drame.

Certes, l'album est servi par un dessin étrangement machiné, entre un encrage noir profond et une couleur à la g... non plus...
... non plus...
ouache trop diluée, représentant des personnages dont les traits n'ont de chinois que l'encre utilisée pour les dessiner. Mais, quoiqu'un peu gonflante, stylisée bizarre et très pédante, l'illustration n'est pourtant pas réellement en cause, car c'est là une réelle affaire de goût. C'est le second suspect, le texte, qui rebute irrémédiablement : les situations et les réactions des personnages ne sont pas crédibles ; les enchaînements entre scènes sont trop pesants et parfois trop elliptiques pour donner l'impression au lecteur qu'il lit toujours la même histoire ; le mauvais équilibre adopté entre des pages dépourvues de texte et d'autres qui en comportent à gaver fatigue les yeux et la tête jusqu'à l'agacement. De plus les dialogues sont malhabiles et très poseurs, essayant de nous faire croire que les paysans du fond de la Chine, fidèles aux traditions littéraires et philosophiques de leur pays, ne s'expriment que par hyperboles ou par énigmes, et ne savent pas dire où ils vont, mais où nous sauront les trouver si nous sommes vraiment leurs amis. Même le découpage en chapitres suit une logique barbante et faussement contemplatrice, qu'il convient également de dénoncer comme inutile, car 4 chapitres pour 84 pages d'histoire, c'est trop et ça fait 4 pages de perdues. On est donc mené au dénouement promis sans aucun élément subsidiaire nous permettant de nous amuser un peu, tels des veaux neurasthéniques à l'abattoir.

Le tout se conclut sur une galerie d'estampes mettant en scène l'héroïne pour permettre au dessinateur d'exposer les planches dont il n'a pas pu se servir pour l'histoire, ce qui est bête parce qu'il les aimait bien.

Bref ça se la pète pas mal pour un résultat somme toute médiocre. On sent uneCa, ça va.
Ca, ça va.
tentative de réaliser quelque chose embarquant le lecteur dans une ambiance mystérieuse et poétique que certains réalisateurs ont su offrir par l'exposition des campagnes chinoises d'antan, surtout marinées dans le contexte socio-politique si particulier de ce pays, et la mentalité qui en découle. Malheureusement, ne seraient les poignards, on pourrait se trouver dans la banlieue de Philadelphie la semaine dernière qu'on en retirerait les mêmes impressions. Pour rester dans la thématique d'ouverture, cette BD est donc une petite déception.

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