6.5/10La boussole : une carrière orientée

/ Critique - écrit par athanagor, le 27/03/2011
Notre verdict : 6.5/10 - En bonne voie (Ecrivez votre critique)

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C’est avec un postulat original et des intrigues bien menées, quoiqu’un peu trop courtes, que Séverine Lambour nous oriente sur sa boussole, servie par le trait particulier de Springer, auquel il faut adhérer sans réserve, sous peine de ne pas goûter entièrement la performance.

Dan, un jeune homme apparemment d’origine asiatique, a un succès fou avec les filles. Sitôt rencontrées, sitôt allongées. Malheureusement pour lui, il a un second talent dont il se passerait bien et dont le timing coïncide souvent avec la mise en pratique du premier : des stigmates apparaissent sur son corps, reflets des blessures que des victimes alentours subissent. Qu’elles soient enlevées, battues ou victimes d’accident, quand leur vie est en danger, Dan souffre des
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mêmes maux, et plus elles sont proches, plus la douleur et les marques sont nettes. C’est pour cette raison que la police, avec laquelle il collabore, le surnomme « la boussole ».

Excellente idée que le concept de ce jeune homme, victime d’un pouvoir qui lui permet de sauver des vies, en supportant les mêmes blessures que les personnes recherchées. Sur trois histoires courtes, très bien conduites du point de vue du développement, on arrive parfaitement à articuler la portée de ce pouvoir et les affres psychologiques dans lesquels il plonge son détenteur. Subissant les mêmes sévices que les victimes qu’il recherche, suivant une variation fonction de leur proximité, il finit toujours par les retrouver. De ce fait, il pourrait être considéré comme un héros, malgré le peu de politesse dont il fait preuve, car au final c’est grâce à lui que les enquêtes sont closes. Pourtant s’il porte assistance aux forces de l’ordre, c’est, d’une certaine manière, contraint et forcé. Ce pouvoir, il ne peut pas l’éteindre et, vu les degrés que sa manifestation atteint, il ne peut pas non plus l’ignorer. Alors autant le mettre au service de la police pour lui permettre de sauver des vies. Mais cette situation, Dan la paye bien chère, et ce qu’il voudrait vraiment c’est être normal, et ne pas pisser le sang toutes les 30 secondes parce qu’un gamin s’est croûté en vélo à deux pâtés de maison d’ici. C’est sur cette détresse intime que
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Séverine Lambour va construire la relation de son héros avec Malika, son plus proche contact dans les forces de police, relation dont la mise en avant, comme dans toute bonne histoire policière, porte une partie du récit et offre une alternance valable aux éléments propres à l’enquête.

Difficile de dire si le format choisi pour ces trois courtes histoires était le plus ingénieux. Accroché qu’on est par l’intrigue et la psychologie du personnage, que sa relation avec Malika rend intelligible, on aurait souhaité voir des histoires plus fournies, plus fouillées, avec un peu plus de suspens. Mais d’un autre côté, cela ne se serait-il pas soldé par quelque chose de trop long à force de tourner autour du pot ? Allons savoir.

Le seul souci dans cet ouvrage (et il s’agit là d’un aspect éminemment subjectif) c’est le trait de Benoît Springer, auquel il faut adhérer sans partage au risque de hausser régulièrement les sourcils. Déjà dans La rebouteuse, nous déplorions sur Krinein ce trait énorme, vampirisant la page, et perdu entre le détail fourni et le vide total. Ne dépouillant nullement l’intrigue de son intérêt, il accentue pourtant cette impression de rapidité de traitement sur lequel pointent quelques regrets.

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