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9/10Blanche Epiphanie - Intégrale tome 1

/ Critique - écrit par Maixent, le 16/02/2011
Notre verdict : 9/10 - Qui va tirer la reine? (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Premier tome de l'édition intégrale qui se clôturera en 2012, la saga Blanche Epiphanie se lit avec délectation. On se plonge dans ses aventures improbables et doucement érotiques qui nous transportent à travers le temps et l'espace.

Blanche Epiphanie est un classique de la bande dessinée érotique des années 70 au même titre que Barbarella. En ce sens, relire le premier tome de cette intégrale (trois autres suivront) aura bien sûr un effet un peu daté en ce qui concerne le traitement de l’érotisme ou même dans le dessin, mais cela n’enlève rien à la qualité de l’ouvrage.


Légère et court vêtue...
Dessinateur de talent, Georges Pichard a su apporter un renouveau à la bande dessinée pour adultes en donnant vie à des héroïnes célèbres ayant toujours pour point commun des formes harmonieuses et rebondies et un destin incroyable, en prises avec la fatalité. Ces héroïnes qui ont pour nom Paulette, Caroline Choléra ou encore Marie-Gabrielle de Saint-Eutrope sont un savant et troublant mélange, inspirées à la fois des personnages de Robert Crumb, mais aussi d’artistes plus classiques comme Alfonse Mucha ou Edvard Munch (qui contrairement à ce que l’on croit, n’a pas peint que Le Cri). Ainsi la formation classique de Pichard transparaît dans ses dessins, leur donnant plus de force et de légitimité, et s’inscrivant dans une continuité artistique historique. À noter qu’il illustrera aussi de nombreux récits classiques comme Trois filles de leur mère de Pierre Louÿs ou l’Ulysse d’Homère..
Jacques Lob a su s’entourer de nombreux dessinateurs tout au long de sa carrière, contribuant au succès de Superdupont avec Gotlib, Alexis et jean Solé ou encore du Transperceneige avec Jean-Marc Rochette pour ce qui est de ses ouvrages les plus connus. Auteur prolifique, sa bibliographie est étonnante et montre un éclectisme qui n’entache rien à la qualité.

Défendar, un héros qui met la main à la pâte
Ce sont donc deux auteurs reconnus ici réunis, qui ont su s’affranchir des codes de la narration et du graphisme pour créer un ouvrage pertinent et novateur tout en jouant sur les clichés et les idées reçues et sans perdre de vue l’érotisme et un certain esprit critique.
Blanche Epiphanie est une jeune fille orpheline de dix-huit ans, aux cheveux blonds et soyeux comme les blés, aux seins lourds et ronds et à l’ingénuité digne d’une enfant de trois ans. Autant dire que cela ne peut qu’exciter la concupiscence des hommes qui l’approchent. La plupart des personnages masculins du récit n’ayant qu’une idée en tête, porter atteinte à sa vertu de vierge effarouchée. Fort heureusement, Défendar, un super héros masqué à bicyclette veille sur elle, fondant tel un rapace sur sa proie (bien qu’un peu gauchement) et l’arrachant à chaque fois des griffes des gredins sans moralité. On suit les tribulations de la jeune fille, d’abord porteuse de chèques à Paris jusqu’aux confins de l’Afrique en passant par l’Orient mystérieux et envoûtant dans des aventures rocambolesques et improbables dans le plus pur style du roman-feuilleton du dix-neuvième siècle comme ceux d’Eugène Sue, Alexandre Dumas ou encore Gaston Leroux. Malgré tout, cela reste cohérent et l’on s’attache à ce style si particulier, usant de recettes narratives comme le questionnement direct au lecteur ou l’utilisation massive de superlatifs et d’adjectifs rendant l’action d’autant plus trépidante bien que légèrement désuète. Le dessin participe lui aussi de ce foisonnement propre à embarquer le lecteur avec des arabesques Art Nouveau qui bornent les phylactères, des décors rappelant la Belle Epoque et jusque dans les polices d’écritures toutes en courbes.
Y'a bon Bwanana

Le deuxième degré de lecture, au-delà de l’esthétisme et de l’aventure est lui aussi intéressant. Ainsi, la France colonialiste et les clichés racistes et conservateurs sont mis à mal tout du long de ce premier tome, que ce soit le banquier capitaliste pensant pouvoir tout acheter, les noirs cantonnés au rôle de porteurs ou ce militaire français demandant à Blanche de sacrifier sa virginité et sa dignité au nom de la France.
On aura le temps de revenir plus en détails sur la richesse de cette intégrale lors de la sortie des prochains tomes. En attendant, mieux vaut se pencher sur le corps de cette naïve jeune fille soumise aux caprices du destin et dont les vêtements se dissolvent comme par magie au moindre contact.

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