9/10Blacksad - Tome 3 - Âme Rouge

/ Critique - écrit par iscarioth, le 03/12/2005
Notre verdict : 9/10 - et le phénomène continue ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 15 réactions

Au fil des albums, les chances grandissent de voir Blacksad considéré comme l'une des plus grandes séries de bande dessinée.

Le Mythe Blacksad

Quelque part entre les ombres, sorti en 2000, avait abasourdi par un graphisme époustouflant, mais quelques reproches s'étaient élevés contre le scénario de l'album, un peu trop classique au goût de nombreux lecteurs. Un reproche absolument impossible à rééditer avec Arctic-Nation, le deuxième opus, sorti en 2003, qui fait référence aux conflits raciaux de l'Amérique des années cinquante. Dès le deuxième album, on a ressenti, presque avec stupeur, les incroyables potentialités et l'extrême richesse de l'univers mis en place par Diaz Canales et Guarnido. Après deux longues années d'attente, Âme Rouge, troisième album de la série, est enfin dans les bacs.

L'histoire

John Blacksad est à Las Vegas et travaille pour le compte d'un joueur fortuné. Dans un meeting, il retrouve la trace de l'uns de ses anciens amis : Otto Lieber, qui donne une conférence sur le nucléaire. Les retrouvailles entre les deux hommes vont faire remonter à la surface bien des souvenirs. Blacksad est cependant bien moins heureux de faire la connaissance du mécène de son vieille connaissance, Gotfield, jeune excentrique marié à la troublante Alma...

La Fontaine Today

Historiquement, Arctic-Nation nous parlait de l'Amérique ségrégationniste des années cinquante. Avec ce nouvel album, c'est un autre pan de la sombre histoire américaine que nous revisitons : la guerre froide, la chasse aux sorcières et la peur de la fin du monde, provoquée par la mise au point de la bombe atomique. Que dire, si ce n'est que le traitement de ces sujets délicats est en tout point réussi ? Juan Diaz Canales évite les manichéismes et nous montre des hommes dominés par leur époque. A ce niveau, le personnage d'Otto Lieber est d'une grande pertinence. Une série qui confirme toute son intelligence avec ce troisième tome, donc, une intelligence fine qui transpire même graphiquement. On remarquera, avec Âme Rouge, un bestiaire encore une fois tout à fait réfléchi. Le vieux chercheur énigmatique est un hibou, le dangereux assassin est un horrible crocodile (un gavial semble-t-il et pour être plus précis), le sénateur patriotique et manipulateur est un coq et l'artiste solitaire est un vieux loup aux flancs amaigris...

John Blacksad, ni maître, ni esclave

Des personnages les plus prépondérants aux seconds rôles les plus anecdotiques, tous nous donnent l'impression de ne pas avoir été représenté au hasard et tous jouissent d'un charisme fou. En lisant Blacksad, il se peut que vous restiez quelques instants le regard figé sur un arrière plan, sur la mine ultra expressive d'un simple figurant... On peut d'ailleurs trouver le personnage de Blacksad plus en retrait, par rapport à la prestance des nombreux personnages secondaires. Mais l'aura du chat-détective s'exprime plus physiquement, ce qui nous confirme ce statut de personnage fort en gueule (la scène de bagarre, les minettes de l'université sous le charme...). Blacksad est, à ce niveau, un anti-héros, dans le sens où il casse d'avec les héros du genre policier plus traditionnel, qui concentrent autour de leur personne la réponse à toutes les questions et qui suscitent l'admiration. Ici, dans la continuité d'Arctic-Nation, Blacksad n'est pas maître de l'histoire qu'il raconte et ne lui fait pas prendre la tournure qu'il souhaite.

Condensé

Il est presque inutile de le dire, tant le couple Canales-Guarnido s'est imposé pour sa qualité de réalisation, ce troisième tome est un pur bijou technique. Le choix et l'enchaînement des plans, les expressions faciales, la gestuelle, les dialogues, les transitions ainsi que la narration... Tout est d'une grande qualité. Et, comme toujours, summum de notre jouissance de lecteur, cette fusion complète et parfaite entre l'animalité et l'humanité. Pour seulement cinquante six pages, le contenu (intrigue et personnages) est très épais, si bien que certains lecteurs auront tendance à se perdre, notamment au niveau du dénouement. Âme Rouge, comme Arctic-Nation, continue d'ouvrir des possibilités de pistes qui nous laissent deviner des événements futurs tout à fait truculents (pour ne pas aller trop profondément dans le spoiler, je vous demanderai d'ouvrir votre album page 52 et d'approfondir l'observation de la vignette quatre). Graphiquement, la grande différence avec les deux premiers tomes, c'est l'ambiance, qui se fait moins « polar », principalement à cause de l'utilisation de tons plus chauds (bien que délavés), complètement absents des précédents opus.


Plusieurs semaines après sa sortie, Âme Rouge fait toujours partie des meilleures ventes BD du moment. Un véritable phénomène. Il faudra attendre encore quelques années avant de se prononcer avec force mais, au fil des albums, les chances grandissent de voir Blacksad considéré comme l'une des plus grandes séries de bande dessinée. Gageons que dans plusieurs années, le nom de Blacksad sera encore brûlant sur les lèvres des bédéphiles...

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