9.5/10Bitch Planet - Tome 1 - Extraordinary Machine

/ Critique - écrit par Maixent, le 10/06/2016
Notre verdict : 9.5/10 - Bitch, please (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - laisser un commentaire

Une dystopie coup de poing, féministe et engagée

On en a assez de ces gens qui refusent de se conformer à un moule. Notre société est parfaite, selon des schémas séculaires qui ont fait leur preuve. Et surtout, il faut éradiquer ce germe de révolte chez les femmes. C’est peut être génétique cette graine d’anarchie qui pousse en elles. Après tout on ne leur demande pas grand-chose. Juste être de bonnes épouses fidèles, dévouées, avec un physique de poupée Barbie. Ni trop belles, ni trop bêtes mais surtout soumises et dociles. Il faut croire qu’elles ne sont pas contentes. De toute façon, elles ne sont jamais contentes. Celles-là, on les envoie sur Bitch Planet. Après tout, c’est de leur faute, on leur propose un modèle de bonheur absolu, si elles sont trop bêtes pour le comprendre, c’est le bagne, direct.


Big sister is watching you

 

Pamphlet social de qualité, Bitch Planet pose les bases de sa dystopie sur un modèle de société existant et exacerbé, celui basé sur le patriarcat. Même si des avancées en terme de féminisme ont vu le jour depuis des années, on est bien loin de l’égalité. Et si le cours s’inversait et qu’au lieu de donner une place de plus en plus importante aux femmes, on arrêtait de s’embêter et que les hommes prenaient le pouvoir qui leur revient de droit ?  Car dans Bitch Planet, tous ces "honnêtes gens" sont persuadés de faire le bien, pour une société plus juste. Mais toute société qui rejette la différence se tourne vers le fascisme et les dérives qui vont avec.

L’album s’ouvre sur une nouvelle fournée de Non-conformes (NC) qui débarquent sur  Bitch Planet, établissement auxiliaire de conformité situé dans l’espace. Des femmes s’étant laissées allées à leur penchants déviants, des fautes lourdes comme la séduction envers quelqu’un d’autre que leur mari ou l’obésité. On se rend compte aussi très vite que Bitch Planet est très pratique pour se débarasser d’une épouse devenue embarassante. Marian Collins n’aurait pas dû vieillir et être une petite épouse plan-plan. Monsieur Collins a trouvé une femme plus jeune, plus belle, plus conne aussi,  et pour que le nouveau couple commence une vie bien à eux, quoi de plus simple que de dénoncer Marian Collins pour non-conformité. Elle ne survivra pas à la première nuit sur Bitch Planet...
Non Conforme

 

Le récit est très dur, tout de suite. Une violence sourde  qui accapare le lecteur dès les premières pages. On pourrait croire au départ que l’on va se retrouver dans un divertissement moyen comme Fortress avec un pretexte de prison de l’espace, où une pâle copie de 1984 avec un Big Brother au féminin, sorte de perfection rose bonbon tout aussi efficace dans le lavage de cerveau. Mais Bitch Planet c’est bien plus que ça. On se retrouve confronté à une vraie pensée politique, et un vrai raisonnement sur notre société actuelle avec tout ce que cela peut comporter comme dérive. Dans une société prônant la différence tout en ayant du mal à l’accepter, où l’on voit des clivages très nets apparaitre entre l’Establishment et l’Underground. Une société de divertissement qui se débat avec ses propres régles. Ainsi les prisonnières , après avoir été détruites dans leur liberté individuelle, se voient offrir un moyen de rédemption par le sport, une sorte de football très violent, proche du Rollerball sans patins.


Presentation du Mégaton, descendant du football...

 

Le graphisme est des plus intéressant. On parlera d’ailleurs plus de graphisme que de dessin, Valentine de Landro ayant opté pour une approche originale, alternant les styles et donnant une veritable identité à l’album. D’ailleurs le design « NC » a été repris par de nombreux fans pour des tatouages, prolongeant d’autant plus cette identité qu’il est difficile à définir, à mi-chemin entre les revendications Black Panther, les Sex Pistols et les Suicide Girls. On notera aussi de nombreuses fausses publicités rapelant le bon vieux temps misogyne du style "une femme, une pipe, un pull..."

Album punk et énervé, Bitch Planet est un véritable brûlot féministe et intelligent. Sachant maintenir le lecteur dans le divertissement, avec de belles scènes d’action, il n’en propose pas moins une reflexion acide sur la société, la place des femmes et la liberté en général. L’album se clôt d’ailleurs sur des témoignages et un petit essai sur le féminisme et la pop-culture, rappelant au passage de grandes figures du combat pour les femmes avec une revendication assumée et un engagement politique fort que l’on voit assez peu dans la bande-dessinée. 

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse