1984 et La mode déshabillée

/ Critique - écrit par Cirriana, le 03/03/2021

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La BD s'attaque à des monstres, on vous l'a toujours dit c'est un art merveilleux.

La mode déshabillée : l’exploit d’un portrait détaillé au vitriol. (7,5/10)

Casterman nous propose ici une analyse sociologique de la mode : qu’est-ce que la création, comment se fait-elle, comment évolue-t-elle au fil des siècles. Comment faire pour différencier style et mode, etc … Sans oublier de dépeindre aussi les rouages internes à ce secteur.


la mode et l'histoire, deux vieux potes.

 

Le début est peut-être un peu rêche, on sent bien que le sujet est vaste, énorme et un peu écrasant pour être traité en BD, mais finalement passées les premières pages on apprend et c’est bien ce qu’on attend d’une bd documentaire. On découvre avec humour comment sont créées les tendances, qui produit les jeans de demain. On découvre aussi comment les hits d’aujourd’hui et d’hier sont lancés mais surtout par qui et pourquoi ? Car on ne se cache pas derrière son petit doigt, la mode est un mastodonte du capitalisme et il n’est pas question de louper sa cible. On redécouvre ses plus gros travers : gaspillage, pollution, obsolescence programmée…
La mode ce fléau.

 

on se ballade aussi tranquillement avec Marie-Antoinette, Platon et  Brummell pour découvrir les dessous de la mode et affronter les modes ubuesque (coucou les chaussettes claquettes). Je ne suis pas une fan absolue du style graphique de Zoé Thouron mais on doit reconnaitre qu’entre son trait et les explications fournies de Frédéric Godart il fallait bien un grain de folie pour faire rentrer toute cette histoire en 160 pages.


Vous saurez tout, tout sur ... la mode.

 

Bref, ce n’est pas parce que vous n’avez toujours pas vu le Diable s‘habille en Prada que ce titre ne vous intéressera pas et l’inverse est vrai aussi. Les fans de Garance Doré pourront apprendre tout un tas de détails qui n’en sont pas… car dans la mode rien n’est laissé au hasard.

 

1984 – ou l’histoire d’un loupé (5/10)

On ne présente plus l’œuvre de George Orwell, son « Big Brother » est passé dans le langage courant et son roman d’anticipation est toujours une base solide pour toutes les dystopies. Donc aux éditions Soleil est parue une BD mettant en bulle ce livre et la déception est au rendez-vous.


Big Brother is watching U.

 

Oui l’œuvre est majeure et il est toujours délicat de la remanier. Oui le texte est conséquent et il fallait bien faire des choix dans le scénario final… mais le choix est déceptif car on perd beaucoup trop de détails qui n’en sont pas. Je reviendrai à mes griefs un peu plus bas. Parlons dessin, le trait de Rémi Torregrossa est précis et c’est la bonne surprise de ce titre. Le coup de crayon est juste détaillé ce qu’il faut pour recréer un univers apocalyptique en détails. L’utilisation de la couleur pour les moments heureux, les rares espaces de liberté ou les objets du passé est bien vue. On visualise la bulle de bonheur dans ce monde triste et oppressant. Il est dommage que le scénario ait été découpé à la serpe : la foule de détails qui font de 1984 cette œuvre majeure n’y est pas. On est jeté dans cet univers sans rien comprendre aux guerres, sans percuter l’importance du Parti et le tout est un vague mélange sans fil rouge pendant les premières pages. On se raccroche à notre « héros » et l’histoire principale se déroule mais il manque tellement de caractéristiques propres à cette œuvre. On ressort de cette lecture comme après avoir lu un titre de SF lambda alors que 1984 a ce pouvoir de vous déranger, de vous questionner et de vous marquer.


De quoi devenir fou.

 

En résumé, si vous souhaitez entrer dans le monde d’Orwell nous ne vous conseillons pas cette BD mais plutôt celle parue chez Sarbacane ou encore un livre audio. Ici vous ne pourrez qu’être déçu tant le sel de l’œuvre a été réduit à peau de chagrin.

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