Rue de Sèvres : Béatrice, Streamliner intégrale, C'était mieux avant

/ Critique - écrit par plienard, le 18/05/2020

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c'est une certaine nostalgie du passé qui ressort des trois albums chez Rue de Sèvres.

Streamliner - intégrale - note : 8,5/10

Les éditions Rue de Sèvres proposent de retrouver sous forme d'intégrale les deux albums de la série de Fane (Joe Bar Team), Streamliner, parue initialement en 2017.


© Rue de Sèvres 2020.

 Cristal O'Neil vit au milieu du désert avec son père alcoolique, Evel, ancienne gloire des courses automobiles, dans une vieille station de service au bord d'une route désaffectée. L'arrivée de Billy Joe va bouleverser leur vie, car il emmène dans son sillage toute une bande d'enragés, tous plus dingues les uns que les autres. Tous veulent disputer le leadership des Red Noses dans une course automobile sauvage et sans règles. Ce serait presque anodin s'ils n'étaient rejoints par les Black Panties, un groupe de bikeuses qui n'ont rien de gentilles demoiselles, d'un certain William Boney, dit "Le Kid", lui-même poursuivi par les fédéraux qui profiteraient bien de cette course pour se débarrasser d'un tueur de la pire espèce.

Fane signe un récit qui sent bon la fureur de vivre. Dans un style nerveux, il nous livre une histoire découpée en plusieurs chapitres, pleine de rebondissements et de personnages hauts en couleur. Une pointe d'humour réhausse l'ambiance tendue, totalement folle et qui s'exprime pleinement. Et ce ne sont pas les filles qui vont arranger les choses. C'est toute une ambiance à l'américaine qui nous est racontée ici avec des publicités (de Fane et Vangogo) qui viennent couper les chapitres et renforcer cette impression de "American life style".

 

Béatrice - note : 7,5/10

C'est un album étonnant que je vous invite à découvrir, aux éditions Rue de Sèvres. Signé par le belge, Joris Mertens, on pourrait déjà qualifier son album d'histoire sans parole !


© Rue de Sèvres 2020.

 Il réussit effectivement à nous raconter son histoire sans pratiquement aucun texte ou dialogue sur près de 108 pages. Une BD muette, à l'image du cinéma muet des débuts du cinéma, découpé en chapitre rythmant l'album et apportant chacun un élément d'information au travers d'un titre (seul texte de l'album). On comprend ainsi que l'héroïne s'appelle Béatrice (par le titre), qu'elle travaille à La Brouete un magasin du type les Grands Magasins de Paris, qu'elle va découvrir un album photo dans un sac abandonné dans un hall de gare, qu'elle va ... Mais j'en ai déjà trop dit.

Béatrice est une jeune femme qui se caractérise par son imperméable rouge, un élément qui la fait ressortir de la grisaille environnante. Elle ressort ainsi de chaque case comme un élément de vie spécifique, face à la morosité de la vie métro-boulot-dodo. Elle a un côté "Amélie Poulain" et son aventure avec cet album-photo renforce encore cette impression. On va voyager, avec elle, à travers le temps et la vie d'une autre personne, à la recherche d'un passé perdu ou oublié.

Un album fort et imaginatif qui a le désavantage de se "lire" vite. On aimerait rêver un peu plus avec Béatrice. Il nous reste le plaisir de regarder plus longuement les cases de Joris Mertens et le secret espoir, pour nous aussi, de découvrir un sac rempli d'images d'une autre vie dans un couloir de métro ou un hall de gare (si personne n'a alerté pour la présence d'un colis suspect et surtout quand on pourra reprendre les transports ...).

 

C'était mieux avant - note : 7,5/10

C'était mieux avant, cette expression a le don de m'irriter. Combien de fois peut-on entendre cette phrase quand on est jeune ? Un adulte, un parent, un grand-parent qui vous assène sa vérité sur un passé si idyllique ! Bref, pour moi, c'est l'expression du "vieux con" par excellence. Tout cela pour dire que la BD proposée aux éditions Rue de Sèvres, par Soledad Bravi et Hervé Eparvier ne partait pas avec les meilleurs atouts.


© Rue de Sèvres 2020.

 C'est une BD petit format qui s'étire sur une centaine de pages. Les auteurs mettent en scène leurs souvenirs au travers de scénettes toutes simples, avec des dessins sobres. Et souvent une case suffit à exprimer leurs idées. Et c'est ainsi qu'on découvre les souvenirs de vacances - où on faisait le voyage en deux jours pour rejoindre le Sud dans des voitures sans clim ! -, de l'école - avec des blouses, des encriers et du papier buvard, le savon collectif dans les toilettes, la règle en fer sur les doigts -, le style vestimentaire - avec les cagoules, le célèbre sous-pull en acrylique ou le sac US -, les reposes-pied de vélo en fer qui vous nique le tibia, la gourde en plastique, les décalcomanies, la télévision en noir et blanc - avec Nounours et déjà Michel Drucker -, les boums avec les vynils "45 tours", etc .... Qui oserait dire que "c'était mieux avant" ?

Un ouvrage qui ne parlera pas forcément aux jeunes lecteurs comme les moins de 30 ans !, Mais qui devrait interpeler et rappeler des souvenirs à quelques-uns d'entre nous (et oui, j'ai plus de 30 ans !).

Et c'est un brin nostalgique qu'on dévore le livre qui nous rappelle les soirées en famille devant l'écran de télé qui ne proposait que trois chaînes, les repas du dimanche chez la grand-mère, les cassettes qu'on rembobinait avec un crayon etc ...

Alors, pour tout vous avouer, les auteurs, malgré leur titre, m'avaient déjà convaincu de leur album dès leur introduction. Et c'est presque enthousiaste que j'ai lu l'album. Alors je ne sais pas si je suis devenu un "vieux con", mais ce que je peux dire c'est que "c'était bien avant", et ce livre nous le rappelle.

Un album qui ravira les nostalgiques et devrait faire rire les jeunes générations qui se demanderont comment c'était possible de vivre à cette époque.

 


Les couvertures des 3 albums - © Rue de Sèvres 2020.

 

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