Futuropolis : Le Suaire T1, Cintré(e)

/ Critique - écrit par plienard, le 07/03/2018

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Le Suaire - Premier tome : Lirey, 1357 - note : 7/10

Commençons tout d'abord par un petit cours d'histoire. Le suaire est une des plus célèbres et des plus importantes reliques de la religion catholique. Il est censé être le linge qui a recueilli le corps du christ après la croix. Il fait son apparition subitement en Champagne, en 1357,  à Lirey. Son authenticité n'est pas totalement prouvée malgré les techniques actuelles d'authentification.


© Futuropolis 2018.

 Gérard Mordillat et Jérôme Prieur sont tous deux spécialistes de l'histoire des religions. Romanciers et réalisateurs, ils ont publiés notamment ensemble Jésus contre Jésus (1999), Jésus illustre inconnu (2001) et Jésus selon Mahomet (2015) et réalisés les documentaires Corpus christi (1998), L'Origine du christianisme (2003), L'Apocalypse (2008) et Jésus et l'Islam (2015). Ils nous plongent ici dans la France du XIVème siècle avec aux pinceaux qui de mieux qu'Éric Liberge. Le dessinateur de Monsieur Mardi -Gras Descendres (prix Goscinny en 1999) revient avec un récit sur le mythe catholique (prévu en trois tomes, pour trois époques différentes) après le mythe nordique dans Wotan.

Lucie est une jeune sœur qui soigne les pauvres. L'époque est particulièrement difficile. Une épidémie de peste noire sévit dans cette région de Champagne. Mais son cousin évêque, Henri, la harcèle pour qu'elle renonce à prononcer ses vœux. Il est secrètement amoureux d'elle. Thomas, quant à lui, est prieur et veut faire bâtir une abbatiale pour recueillir une relique, un morceau de la Sainte Croix qu'il a ramené de son voyage à Jérusalem. Il a pour cela besoin d'argent que le seigneur local ne veut pas lui donner. Il va alors se servir de Lucie pour créer uns fausse relique.

Dans ce premier tome, les auteurs utilisent les faits réels pour mettre en place des personnages dans un contexte historique lourd : le pouvoir seigneurial, la grande pauvreté du peuple devant l'opulence des seigneurs, le fanatisme de certains ecclésiastiques prêts à toutes les malversations pour mener leur projet. Dans ce contexte, le trait d'Éric Liberge, fin et précis, associé au noir et blanc de l'album nous plonge dans cette époque médiévale avec facilité.

Un premier tome réussi.

 

Cintré(e) - note : 8,5/10

Et c'est un nouvel album de Jean-Luc Loyer aux éditions Futuropolis que nous découvrons ici. Après notamment Sang noir, un album sur la tragédie de Courrières en 1906, l'auteur revient avec un récit autobiographique savamment romancé.


© Futuropolis 2018.

 Un auteur de bande dessinée timoré, gros et sans le sou, rencontre une jeune femme, extravertie, maigre à l'extrême et fille à papa. Tout les oppose, et pourtant ils sont identiques : dans l'approche et la vision de leur corps. Ces deux âmes en peine vont-elles réussir à retrouver un semblant d'équilibre ?

La vie d'un auteur de bande dessinée est particulièrement difficile. C'est ce qu'on découvre avec ce personnage qui, il faut bien le dire, à tendance à se laisser manipuler. Par sa maîtresse qui ne veut pas "quitter son mari pour une vie sans lendemain". Par son ami squatteur et scénariste au coup foireux. C'est un gentil qui vit difficilement de son art. Jusqu'au jour où, par le biais d'une connaissance, le PDG d'une société de graphisme publicitaire le contacte pour un poste qui va dépasser celui de gérer des campagnes publicitaires. Il va être en charge de la fille du PDG et lui redonner goût à la vie.

De l'émotion, c'est d'abord le premier mot qui vient à la lecture de cet album. Les personnages souffrent, cela ne fait pas de doute, même si la souffrance du narrateur (son prénom ne sera jamais dit) n'est jamais réellement exprimée car c'est un être qui subit et qui supporte. L'humour est le second mot qui suit immédiatement. Loin d'être dans le pathos sur l'existence de deux êtres que les épreuves de la vie ont bouleversé, on est plutôt dans le récit d'une rencontre frontale mais bénéfique par certains aspects, mais aussi de plusieurs rencontres originales et totalement iconoclastes comme celle du boucher qui fait des portraits avec sa charcuterie ou ce monsieur qui promène son chien et va déclencher une réaction chez l'auteur de BD.

Un récit en noir et blanc, des personnages pour la plupart sans prénom, Jean-Luc Loyer se raconte sans en jouer. Il garde une distance qui permettra peut-être à ses proches de se reconnaître, mais à d'autres de se retrouver dans ces personnages ou de s'identifier. Un bel album, drôle et émouvant, qui n'apporte pas de solution toute faite mais qui s'avère un beau témoignage.


Les couvertures des deux albums - © Futuropolis 2018.

 

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