Fluide glacial : Carmen Cru et Litteul Kevin en intégrale

/ Critique - écrit par plienard, le 06/12/2014

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Deux intégrales pour deux séries devenues des classiques de la bande dessinée !

Carmen Cru, intégrale – note 8.5/10


©Fluide glacial édition 2014.

Une couverture sobre et belle, toute rouge, va apparaître sur les étals de vos libraires. Il n’est ici pas question de communisme à la chinoise, mais bel et bien d’une nouvelle réédition de l’intégrale des aventures de Carmen Cru.

Carmen est une vieille femme, la pire vieille que vous ayez jamais connue. Elle ferait passer Tatie Danielle pour un enfant de chœur. Rien qu’à son air, vous savez qu’elle ne vous aime pas. D’ailleurs elle n’aime personne. Pourtant, ce n’est pas faute de lui rendre service. Le curé, le voisin alcoolique, le passant, le terrassier, tous auront essayé de lui être agréable. Rien n’y fait. La vieille est acariâtre et misanthrope.

Le petit livre rouge de Carmen Cru !

Si la mémé de Lelong est un peu l’inverse de la Joconde de Vinci, ses aventures pourraient cependant bien finir au panthéon de la bande dessinée. Car si elle est franchement antipathique, le lecteur, lui, passe un des meilleurs moments de sa vie. Il pourra encore le faire avec cette nouvelle intégrale habillée de sa belle couverture rouge telle le père Noël.

Si Carmen est abjecte, les autres personnages ne sont pas en reste. Malgré un bon fond en général, le comportement de la vieille les fait rapidement sortir de leurs gonds (à part peut-être le curé). On trouvera même une femme pire que Carmen. de ce lot de personnalité, ressort en particulier le curé, gouailleur, qui est un vrai moulin à paroles, prêt à rendre service à la moindre occasion – son statut d’homme de dieu l’y oblige – et qui doit surement être d’origine marseillaise tant il aime grossir les faits à chaque fois.


©Fluide glacial édition 2014.

Les situations sont incroyables de drôlerie mais si elles témoignent d’une grande pauvreté et d’une tristesse de la société. Le coup de crayon de Lelong est d’une grande finesse mais est aussi très acéré. Aucun personnage ne peut rehausser l’autre. Même les chats sont antipathiques, c’est dire !

Carmen Cru c’est le pire de la société, mais c’est le meilleur de la BD. Incontournable.

 

Litteul Kevin, intégrale – note 9/10


©Fluide glacial édition 2014.

Belle intégrale que Fluide Glacial nous propose juste avant les fêtes avec la réunion des 7 premiers albums édités de 1993 à 2003, le tout en couleur.

C’est l’occasion de voir l’évolution d’un monument de la bande dessinée, un petit garçon et ses parents, Sophie et Gérard qui préfère qu’on l’appelle Chacal. Un petit garçon qui s’émancipe peu à peu et finit par prendre plus de place que ses géniteurs. Le tome 7 est, de ce point de vue, le plus révélateur avec un Kévin qui dame le pion verbal à son père.

C’est d’ailleurs sur ce point que la série tire l’essentiel de sa force : les dialogues. Si on n’a plus à faire l’éloge du trait de Coyote, on a quelque fois oublié de dire tout le bien qu’on pensait des textes. Bien sûr, il a quelques grossièretés, mais ce n’est jamais vulgaire. La finesse des dialogues, des jeux de mots, apportent l’essentiel du pouvoir comique à la série (les second plans ne sont pas mal non plus !). Et on en a déjà un aperçu avec le titre de chaque sketch qui compose les albums : le saigneur des anneaux, le vide gros-niais, les lions sots, l’amer qu’on voit danser ...


©Fluide glacial édition 2014.

Mais si Litteul Kevin, c’est de l’humour avec un grand H, c’est aussi beaucoup d’amour et d’amitié. Le groupe de copain du sli-bar, l’amour entre Sophie et Chacal, en sont les exemples les plus évidents. Il reste aussi toutes les déclarations d’amour, les hommages de l’auteur à ceux qu’il aime : le journal de ses débuts Fluide Glacial, le maître Gotlib, ou encore Tintin (hommage qu’on voit surtout dans les deux premiers albums). Et comment ne pas voir une transposition du fils de Coyote dans le petit Kevin ?

Litteul Kevin est devenue une série classique qui continue sa vie chez Le Lombard désormais.

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