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8/10SM le maudit

/ Critique - écrit par Maixent, le 09/12/2018
Notre verdict : 8/10 - Ich bin ein Berliner (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

SM décadant dans l'Allemagne des années 20.

A la fin de la première guerre mondiale en et jusqu'à l'avènement d'Hitler en 1933, l'Allemagne est connue sous le nom de République de Weimar, ce qui correspond à ce que les historiens ont appelé en France les années Folles. Une période riche de fantasmes et de libertés qui voit la naissance de l’expressionnisme allemand mais aussi une liberté de mœurs jamais observée auparavant. C'est la grande époque des cabarets mais aussi des Arts et des Sciences qui inspireront grandement les générations à venir. Dans cette époque de production culturelle explosive, les sexualités et déviances suivent le rythme et Berlin devient la nouvelle Sodome pour la plus grande joie des intellectuels qui y voient la première révolution sexuelle de notre monde moderne. Même l'homosexualité y était tolérée bien qu'interdite et hommes et femmes découvrent de nouveaux plaisirs.


Donner son corps au septième art

 

C'est dans cette atmosphère que prend place SM le maudit, récit fantasmé d'une époque extrême et révolue où les perversions deviennent la norme. Traité comme bande dessinée historique racontant la vie de Siegfried Mann dans le monde du cinéma pornographique, l'album est truffé de références et on pourrait presque y croire si on n'était pas longé de force dans une sexualité extrême réservée à l'imagination. On retrouvera même des fausses affiches de film parodiques reprenant celles de l'époque comme le célèbre Masque de Fu Manchu avec Boris Karloff, référence du genre, qui devient The bride of Fu Manchu dans la plus pure tradition du pastiche. 

Notre héros est un jeune homme rêvant de gloire cinématographique, travaillant en attendant comme travesti dans un cabaret tenu par la naine Elfie Kolbestein, reine des nuits interlopes. Tel Faust il signe alors un pacte avec Hilda Von Kroft, autoritaire patronne de la Femdom Produktion et jouera principalement dans des films avec la grande Gerda Sturm. Il devient alors la grande star de romances sadomasochistes hors limites pour un public toujours plus friand de nouveauté, capable de mener la soumission au rang d'Art. Mais Siegfried, fatigué de jouer toujours les même rôle et inquiet de ce qui va lui advenir tente de prendre la fuite. Capturé, il finira dans un cirque avant de retrouver Elfie Kolbestein dans une situation encore pire que celle de Joe Bonham dans Johnny s'en va en guerre.
loulou

 

Dans ce récit où l'on croise aussi bien Louise Brooks que Marlene Dietrich, les femmes sont les véritables dirigeantes, comme c'était déjà le cas dans La Capitaliste Rhénane du même auteur. Intellectualisant la domination féminine dans toute sa subtilité et le trouble que cela peut amener, le scénario est étonnamment bien ficelé bien que linéaire, permettant de suivre les émotions que traverse ce parfait soumis tout du long, dans une ambiance aussi malsaine que celle de Freaks de Tod browning mâtiné du Salò de ¨Pasolini. Tout se déroule tout naturellement dans ce monde merveilleusement pervers et délicat où l'on assiste à des séances de torture comme on se rendrait à un cocktail dînatoire chez Gatsby. Car ici, tout n'est que raffinement, ce qui est d'autant plus  perturbant vu tout ce que les deux seuls personnages masculins (mise à part une apparition de Peter Lorre dans son fameux rôle de M) subissent, du viol par des serpents à la coprophagie ou la mutilation.


Jeux de cirque

 

En plus des références cinématographiques évidentes, SM le maudit adopte également le style graphique de l'époque et notamment le courant de ce que l'on appellera la Nouvelle Objectivité et dans lequel on retrouve les fameux peintres Otto Dix etGeorge Grosz avec leur style très particulier, mettant en avant l’obscénité du monde dans des tableaux dérangeants où le Beau a été transfiguré par les événements traumatiques de la Grande Guerre. Ce qui donne un dessin très brut et frontal avec des personnages très graphiques et des décors minimalistes qui tranchent nettement dans des grands aplats contrastés. Seul bémol, l'utilisation de la couleur qui parfois nuit au dessin plutôt que de le sublimer.

Extrêmement documenté, SM Le Maudit est un album possédant une réelle force graphique et des dialogues chirurgicaux qui font mouche à chaque fois, avec le rigorisme d'un adepte du fouet frappant  au bon endroit, le tout avec une imagination dans la torture à la fois inhumaine et fascinante.

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