8/10Valhardi - intégrale 1 - 1941-1946

/ Critique - écrit par plienard, le 23/03/2015
Notre verdict : 8/10 - Vous m'avez dit de pas dire Hardi !

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Les premières aventures d'un chic type !

Jean Valhardi est né dans le journal de Spirou en octobre 1941, de la plume de Jean Doisy et du crayon de Joseph Gillain, dit Jijé. L’objectif est bien de remplacer les héros américains qui ne sont pas vraiment en odeur de sainteté pour l’occupant allemand, tout en gardant cet esprit « résistant » qui caractérise la maison d’édition Dupuis.


©Dupuis édition 2015.

Jean Valhardi est le chic type par excellence. Personnage à l’éthique irréprochable, il est en quelque sorte le fils belge de superman – appelé Marc le hercule moderne – ou le descendant direct de Don Bosco, homme historique dont la vie sera mis en dessin par Jijé – La vie prodigieuse et héroïque de Don Bosco  –. Il montre une attitude sans cesse positive, aimable mais n’hésite pas à balancer son coup de poing sur celui qui lui cherche querelle et qui ne sont autres que les méchants de l’histoire.

Dans sa première aventure, le détective d’assurance Jean Valhardi est chargé d’enquêter sur une mystérieuse série d’incendies à Rocapic-sur-Rhône. Et dès le début, il va subir des pressions pour l’empêcher de se rendre sur le lieu des drames. Il va faire fi des menaces. Le jeune homme a bien tord, car à peine a-t-il embarqué dans le train qui l’emmène à destination, il se fait attaquer et passer par dessus bord pour atterrir heureusement dans une rivière. Il sera secouru par des braconniers-pêcheurs. Une chose est sûre, il va falloir qu’il se fasse discret pour le reste de son enquête.

Cette première enquête va nous emmener sur une centaine de pages à découvrir tout d’abord un personnage, Jean Valhardi. Un jeune homme, simple, énergique, droit, honnête, l’archétype du héros de l’époque.

S’il a une apparence un peu trop aryenne pour son scénariste, Jean Doisy, il est surtout le modèle classique du super héros américain, tel Superman – grand et athlétique – mais sans super pouvoir. Outre ce côté esthétique qui n’a plus vraiment d’effet à notre époque, ce qui frappe aussi pour cette aventure c’est son grand nombre de pages, et surtout l’énergie qui déborde des cases ainsi que le nombre de retournements de situations qui s’enchainent sans cesse. Je vous rappelle que nous sommes en pleine guerre mondiale, dans un pays occupé par les allemands et soumis aux restrictions. C’est donc tout d’abord un exploit de faire cette série, mais surtout il faut faire rêver avec un personnage sympathique et positif.


©Dupuis édition 2015.

Jean Valhardi va échapper plusieurs fois à la mort, va être sur le point d’arrêter à maintes reprises les malfaisants, être blessé, se retrouver à l’eau, rencontrer le jeune Jacquot qui l’accompagnera dans la suite de ses aventures...

D’une histoire d’incendies à Rocapic-sur-Rhône, on va passer à la recherche du père de Jacquot au Maghreb, preuve s’il en était besoin, que les auteurs avaient une imagination débordante.

Cette aventure au long cours convient d’être resituer dans son époque. Malgré les 70 ans qui nous sépare de ce récit, il garde une part envoutante pour le lecteur actuel, preuve de sa qualité et de son intemporalité même si le héros peut apparaître un peu lisse.

Ce long récit est suivi de deux récits plus courts. Une première de 17 pages où on retrouve Jean qui emmène Jacquot en vacances au bord d’un lac. Comme tout bon héros qui se respecte, il attire les ennuis et il va jouer les Hercule Poirot après le meurtre d’un de leur voisin. Un Hercule Poirot qui bénéficiera de la grande sagacité de son jeune ami, Jacquot.

Dans le récit suivant, Jean part camper dans la campagne belge avec toute une troupe de scouts. Ils vont rapidement s’apercevoir qu’ils ne sont pas les bienvenus lorsqu’une équipe de sales types, menée par une petite frappe qui se fait appeler le grand Jules, va les menacer. Il en faut plus pour faire peur à Jean Valhardi qui va défendre âprement son territoire.


©Dupuis édition 2015.

Dans le second long récit de cette intégrale, Jean Valhardi va enquêter sur la disparition mystérieuse de navires. Si Jacquot est toujours de la partie, Suzanne, la sœur d’un des capitaines disparus veut aussi se joindre à l’enquête. Mais comme tout bon macho qui se respecte (et oui, on ne peut pas avoir toutes les qualités !), il va repousser avec élégance la main tendue. Ce qui ne découragera pas pour autant la jeune femme.

Si Jean est à l’image des héros de son époque, il a aussi le comportement masculin de ses lecteurs contemporains. Pourtant, on peut noter que ses auteurs font preuve d’une certaine ouverture d’esprit avec la jeune femme Suzanne qui augure la femme moderne : énergique, débrouillarde, autonome, équivalente à un homme, voir quelque fois supérieure dans ses réflexions. Ainsi, si Jean prend toute sa mesure quand il s’agit de faire parler sa force, il est parfois dépassé par Jacquot ou Suzanne.

Au final, le personnage est presque parfait, et ses aventures au long cours sont très prenantes. On se laisse prendre au jeu et on comprend largement l’engouement que ce héros a pu provoquer, au point de supplanter Spirou !

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