Dupuis : Le facteur cratophane, Le gang Mazda intégrale 2, Bérézina

/ Critique - écrit par plienard, le 28/03/2016

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Si la mort rôde dans les séries Dupuis que nous vous présentons avec des squelettes, une série qui n’est plus et un album sur la guerre, elle ne nous empêche pas pour autant de prendre du plaisir à la lecture de ces trois albums.

Monsieur Mardi-Gras Descendres – Tome 0 : Le Facteur cratophane – note 8/10

Eric Liberge revient avec le prologue de sa célèbre série Monsieur Mardi-Gras Descendres aux éditions Dupuis (une édition de l’intégrale de la série voit d’ailleurs le jour pour l’occasion).

On repart donc pour le Réfrigérium, un monde entre le Paradis et l’Enfer où les âmes tourmentées sont récupérées pour l’éternité. Ce prologue vient combler un « manque » de la série originale qui avait laissé de nombreux lecteurs avec quelques interrogations, notamment sur la problématique du café.


©Dupuis édition 2016.

On découvre ainsi qui a créé ce monde désincarné – le révérend Philibert Étienne – et comment – en réécrivant les termes d’un décret canonique. Il devient alors le premier pensionnaire du Réfigérium, avec son scribe Séverin Léopold, qu’il a assassiné d’un coup de poignard dans la gorge.

Difficile de résumer cet album de 144 pages tant le monde créé par Éric Liberge est complexe et plein. Il en ressort cependant une certaine ironie qui vient atténuer la dureté du propos : on parle de la mort quand même ! L’absurdité de certaines situations venant aussi rappeler que ces squelettes ont gardé des réflexes humains dans leur acharnement à vouloir donner un sens et un but à leur existence éternelle.

Ce livre vient en complément de Monsieur Mardi-Gars Descendres et sera donc très attendu des premiers fans de la série. Pour les autres, un dilemme se pose à eux : par quoi commencer ? Par la série initiale ou par ce prologue qui intervient chronologiquement avant. Je pourrais vous faire une réponse de normand avec un « peu importe » car on est tellement fasciné par cet univers qu’on se sentira obligé de connaître la suite ou de découvrir le début. Pourtant, j’ai bien envie de prendre position et je pense qu’il sera plus cohérent de commencer par la fin, c’est à dire de lire cette série dans son ordre de parution. Cela correspond au sens de réflexion de l’auteur qui a écrit ce prologue pour compléter son univers et non pas pour l’introduire.

 

Bérézina – Tome 1 : L’incendie – note : 7/10

Après la Bataille, le triptyque sur la bataille d’Essling, les auteurs Frédéric Richard et Ivan Gil reprennent un autre roman de Patrick Rambaud, Il neigeait. Un récit sur la campagne de Russie par les troupes napoléoniennes.



©Dupuis édition 2016.

Napoléon a déclaré la guerre au tsar Alexandre. Et en septembre 1812, ses troupes arrivent à Moscou complètement abandonnée. Cela rend furieux l’empereur français qui accuse les russes de lui voler sa victoire. Ce n’est en réalité qu’un piège !

Pour ceux qui auraient eu le plaisir de lire le premier triptyque, ils retrouvent ici les mêmes ingrédients qui ont fait sa qualité : respect historique, couleurs superbes et excellence graphique d’Ivan Gil qui nous régale de son trait détaillé. On a le droit a quelques vues en cinémascope de Moscou mais aussi de ses assaillants.

Ce premier tome a quelque chose de léger malgré la gravité du propos et de la situation. Entre le capitaine d’Herbigny et son aide de camp Paulin qui forme un véritable duo comique, la troupe de comédiens français ballotés d’un immeuble à un autre et la belle Ornella avec son décolleté plongeant qui fait perdre leurs moyens à tous les hommes, on en oublierait presque que nous sommes en pleine guerre et que l’armée française est à bout de souffle, affamée et éreintée. On frise parfois le ridicule avec ses chevaux trop petits (vérité historique) ou encore ce soldat qui ne coupe pas la mèche de la bombe incendiaire qu’il a trouvé parce qu’il n’en a pas reçu l’ordre.

Tout cela donne de la vie à cet épisode tragique et on attendra avec une certaine impatience la suite même si historiquement on sait déjà comment cela se termine.

 

Le Gang Mazda – intégrale 2 – note : 7.5/10

Si les trois premiers albums composant la première intégrale, étaient réellement presque autobiographiques, les albums suivants le seront beaucoup moins. En effet, du trio d’auteur initial, Christian (Darasse), Bernard (Yslaire) et Marc (Michetz), il ne reste plus maintenant que le premier. C’est alors que Tome va reprendre le scénario des aventures du Gang Mazda pour lui donner une nouvelle vie et surtout une nouvelle orientation. Et chaque personnage est traité de manière équitable.

Il démarre donc en redéfinissant la psychologie des trois personnages, loin de leur alter-ego de chair. Christian est toujours un dragueur sans le sou, Bernard un éternel romantique qui veux rompre le premier et Marc un colérique affublé d’une mère envahissante.


©Dupuis édition 2016.

Cette intégrale reprend les gags parus dans le Journal de Spirou entre 1992 et 1996 et rassemblés dans les albums Le Gang Mazda roucoule, Le Gang Mazda cartonne, Le Gang Mazda accélère et Le Gang Mazda s’enflamme entre 1993 et 1996.

Si l’essentiel des gags mettent en scène les déboires amoureux des trois amis, des allusions aux problèmes financiers, aux impératifs du métier de dessinateurs viennent ajouter au burlesque des situations.

Dans le Gang roucoule, les temps forts sont, premièrement, marqués par le mariage de Christian avec une huissier de justice ce qui donne droit à quelques situation tragico-comiques assez fortes. La dame, très collé-montée et très à cheval sur les conventions va faire subir un calvaire à son mari volage à l’aide de ses deux frères. Deuxièmement, la découverte de l’amour par Marc qui va tomber amoureux d’une libraire asiatique malgré un premier contact « au pied levé » ! Troisièmement, c’est Bernard qui déprime de sa fin de relation avec la jolie Nathalie.

Dans le Gang cartonne, c’est l’arrivée d'un nouveau personnage, le chef, qui va quelque peu modifier l’atmosphère des gags qui vont faire plus référence aux conditions difficiles des dessinateurs qu’à leur aspect volage. Et c’est grâce à un billet de loterie que Christian emmène ses collègues travailler à Tahiti. Encore faut-il que le pauvre Marc convainc sa mère.

Dans le Gang accélère, c’est la caricature de Thierry Tinlot (le directeur du Journal de Spirou de l’époque) qui vient remplir le rôle de chef. Bernard est alors subjugué part son énergie et sa vision de management à l’américaine. Quant à Christian, il change totalement de look et devient un vrai hippies (avec 30 ans de retard !).

Dans le Gang s’enflamme, c’est le retour des classiques. Marc n’arrive pas à se fiancer car aucune des prétendantes n’est acceptable pour sa mère, jusqu’à ce que ... Christian, lui, enchaîne les relations amoureuses dangereuses avec des femmes mariées. Quant à Bernard, il ne peut entamer une relation avec une jeune file, sans avoir l’irrésistible envie de rompre.

 

Si on a quitté le côté autobiographique du gang Mazda, on y a gagné en profondeur avec des personnages mieux campés, aux personnalités mieux définies et qui auront fortement évolués au fil des albums. Et si vous voulez connaitre un peu mieux l’historique de ces histoires, le dossier qui accompagne l’intégrale vous sera d’une aide précieuse puisque les protagonistes, eux-mêmes, répondent aux questions de Damien Pérez.


Les couvertures des 3 albums - ©Dupuis édition 2016.

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