7/10Et pourtant elles dansent...

/ Critique - écrit par Valentin Pick, le 09/03/2019
Notre verdict : 7/10 - Des témoignages poignants (Ecrivez votre critique)

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" Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder ils s'habitueront. " René Char

Des visages, des silences et surtout une parole laissée à des femmes réfugiées en France. Vincent Djinda offre avec cet album une nouvelle voix et surtout une visibilité à l’association Femmes en Luth à Valence. Les mots sont retranscrits avec justesse et sans volonté de construire une histoire autre que celle des personnes qui se racontent au travers des 280 pages de la BD.

Et pourtant elle dansent livre un témoignage dont la justesse des mots provient directement des femmes qui ont fui une violence. Les rires sont parfois infiniment plus douloureux qu’une larme. C’est là toute la force émotive des parcours de vie dont on devient spectateur face aux regards de ces femmes qui nous parlent directement à nous lecteurs. Vincent Djinda, qui a collecté et mis en image les témoignages de dix femmes présentes à l’association, permet avec son important travail la diffusion de paroles d’une grande valeur.
Et pourtant elles dansent, aux éditions Des ronds dans l'O.

 

C’est avec une véritable envie de connaître le parcours de ces femmes que j’ai débuté cette BD. Une lecture qui ne laisse pas insensible. L’injustice et la détresse compose chacune des cases. La violence d’un pays est fui pour échouer sur un territoire n’apportant guère que l’incertitude d’un instant présent sans perspective d’avenir et une crainte de l’expulsion qui tiraille chacune de leurs pensées.
Pourtant le rythme dont le titre attrayant laissait percevoir toute la force d’un mouvement accompagnant les témoignages demeure absent. En bande dessinée c’est bien souvent le déséquilibre d’un personnage en mouvement dans une case qui vient générer une forme d’action grâce au fameux blanc inter-iconique présent entre deux espaces illustrés. En d’autres termes, notre œil passe avec aisance d’une case à l’autre si il y a du rythme au sein de l’illustration. Pour cela nul besoin d’une course poursuite mais parfois la simple disposition des phylactères ou encore l’emplacement des protagonistes au sein de la case suffisent pour offrir un mouvement à l’ensemble de la planche nous permettant de passer aisément à la suivante. C’est ici un point faible, bien subjectif j’en conviens, qui m’a rendu la lecture délicate.
Et pourtant elles dansent, aux éditions Des ronds dans l'O.

 

Les témoignages, par leur simple existence, présentent le plus grand des intérêts.
Malgré un découpage qui ne rend pas la lecture aisée, cela vaut le coup de consacrer du temps à cet ouvrage dont l'intention est des plus louables. Vincent Djinda a effectué un travail admirable durant un an en accompagnant ces femmes présentent dans l’association Femmes en Luth. Les témoignages réels nous permettent de mieux saisir toute la détresse qui se cache derrière des personnes n’ayant plus de pays où vivre dignement. 
En ces périodes de trouble il apparaît souvent complexe d’évoquer le droit d’asile en se mettant à la place de personnes ayant fui des situations dont la gravité peine à être imaginée. On ne peut que saluer l’initiative de l’auteur et de l’éditrice qui ont permis à cette bande dessinée de voir le jour.

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