8/10Wannsee

/ Critique - écrit par plienard, le 25/07/2018
Notre verdict : 8/10 - Petite réunion entre amis ...

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L'auteur de Ostfront et Westfront revient avec un nouveau album sur un épisode qui va décider de l'avenir de millions d'hommes, de femmes et d'enfants.

C'est un événement important concernant le "problème juif" au sein de l'appareil nazi durant la seconde mondiale que relate cet album de Fabrice le Hénanff aux éditions Casterman. Une réunion qui fait froid dans le dos et dont les participants ont pris bien soin de ne pas en garder une trace et de surveiller le vocabulaire utilisé.


© Casterman 2018.

 Wannsee est une banlieue de Berlin et va être le théâtre d'une réunion secrète qui ne va pas durer plus de une heure et demie. Les protagonistes - quinze hauts fonctionnaires du Troisième Reich - ayant tous un emploi du temps bien chargé. Organisée et présidée par le SS obengruppenführer Reinhard Heydrich, cette réunion a pour objet de régler la question de juive.

Ce livre est tout bonnement hallucinant. Pas dans son format ou son dessin, mais par le propos qu'il rapporte. Bien que l'on sache que l'élimination des juifs a été organisée, ce sujet reste quand même un peu flou, et on a du mal à comprendre comment cela a pu se faire. Et cela se résume à une réunion d'1h30. La mort de millions d'hommes, de femmes et d'enfants décidée dans un délai aussi court de manière froide et sans états d'âmes, à la manière d'une gestion de stock.

Patrick Le Hénanff décrit ce moment avec un dessin qui représente bien cette atmosphère. Des personnages sans émotion, parlant d'hommes comme de la marchandise, évoquant leur petites contraintes personnelles. L'auteur rend parfaitement pressante l'ambiance où rien ne doit être dit avec clarté. Les propos doivent permettre le double sens. Rien ne doit être univoque afin qu'on ne puisse pas leur reprocher leurs dires. On comprend qu'ils savent que ce qu'ils vont décider est une aberration, une horreur, sans émotion mais qu'ils sont poussés par la nécessité. Ils ont perdu toute considération humaine. Ils vont éliminer rien moins que des rats, de la vermine à leurs yeux, symbolisé dans le dessin par la présence de rats se baladant dans le château où se tient la réunion. Un pied de nez en même temps qu'un hommage au best-seller Maus d'Art Spiegelman.

Un livre fort et indispensable, d'un esthétisme impeccable et qui décrit bien le manque d'humanité de ses hommes à l'image du nazisme.

 


La couverture de l'album - © Casterman 2018.

 

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