Casterman : Jonas Fink T1 & 2, Le voile noir

/ Critique - écrit par plienard, le 24/01/2018

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Des albums chez Casterman qui traitent de la dictature dans des styles différents mais avec de la qualité.

LE VOILE NOIR - note : 8/10

C'est sur le mode de la dérision que Cha et Dodo s'aventurent à traiter du problème de la radicalisation dans notre société. Un sujet délicat, s'il en est, qui dénonce par l'humour un discours peut-être attrayant sur le fond (construire un monde meilleur, résister contre les diktats de toute sorte) mais pas du tout sur la forme (soumission, mensonge et torture).


© Casterman 2018.

 Gina apprend que sa cousine Pauline a disparu. Et lorsqu'elle a enfin des nouvelles par l'intermédiaire de ses parents, elles ne sont pas bonnes. Elle est partie en Syrakie, et s'est radicalisée, mais ne donne plus de nouvelles depuis un mois. Gina décide alors d'aller la chercher pour la ramener en France. Un seul moyen : emprunter le même chemin que sa cousine. Elle sera rejointe par sa tante Alice, ancienne militante MLF, déguisée en homme !

Quand deux femmes s'attaquent à l'EI, gare à lui ! La scénariste, Dodo, chanteuse du groupe Dennis Twist (composé de Margerin, Vuillemin, Jean-Claude Denis et Denis Sire), a signé avec Ben Radis la série d'humour Max et Nina. Quand à Cha, la dessinatrice, elle a, à son actif, entre autres, deux diptyques avec El Diablo : Pizza roadtrip et Un homme de goût. Ce duo nous amuse avec cette aventure aux frontières de la réalité, tant on imagine mal deux femmes oser et réussir à exfiltrer une femme retenue par ses fanatiques. C'est pourtant ce décalage et ce côté impossible qui rend l'album si drôle. En montrant ces deux femmes "qui en ont" (excusez-moi cette métaphore) au milieu d'hommes gonflés d'orgueil, tous plus bêtes les uns que les autres, on prend du plaisir et on en rit. Le personnage de la tante Alice est tout bonnement excellent !

Un sujet difficile traité avec humour et talent qui montre qu'on peut rire de tout avec tout le monde (euh, enfin presque !).

 

Jonas Fink - Tome 1 & 2 - note : 8/10

Les éditions Casterman proposent de re-découvrir le héros de Vittorio Giardino, Jonas Fink, dont les "aventures" sont parues initialement dans le magazine (Asuivre) entre 1994 et 1997 et réunies dans un premier tome. Le jeune homme vit dans la Tchécoslovaquie des années 50 ans, en pleine guerre froide. Son père vient d'être arrêté pour une raison inconnue et il n'a plus aucune nouvelle. Et malgré ses excellents résultats scolaires, son inscription au lycée lui est refusé. Lui et sa mère sont expulsés de leur logement, et il est obligé de trouver des petits boulots pour aider sa mère à payer les factures. Mais être le fils d'un "ennemi du peuple" ne facilite pas la vie. Tout d'abord livreur, puis jeune ouvrier sur un chantier, il finira commis dans une librairie. Mais la censure et la police d'état veillent toujours. Et travailler dans la culture n'est pas forcément bien vu. Il reste cependant une chose positive : Tatjana, une jeune et jolie russe dont il tombe amoureux.

 
© Casterman 2018.

L'auteur raconte avec justesse et vérité les difficiles années staliniennes (et c'est un euphémisme). Des contrôles incessants, la suspicion générale, de la difficulté d'être fils de bourgeois et d'être juif (car être juif était aussi considéré comme suspect pour les commissaires du peuple) et comment une vie peut être détruite en quelques mois. On se croirait revenu quelques années en arrière, en plein régime nazi. Entre la peste et le choléra, les Tchécoslovaques n'ont pas choisi : ils ont eu les deux.

Le premier tome reprend le récit paru dans le magazine (Asuivre) et le second est la suite attendue depuis 20 ans pour les retrouvailles de Jonas et de Tatjana en plein Printemps de Prague. L'auteur n'y a définitivement pas perdu son talent à raconter des petites histoires dans la grande. Une suite que l'auteur a toujours su qu'il ferait et qui nous arrive enfin. Comme quoi, il ne faut jamais désespéré. Difficile de dire que 20 ans se sont écoulés tant l'auteur réussit à garder le même style et le même trait.

Vittorio Giardino raconte des histoires personnelles au milieu des faits historiques comme peu savent le faire. C'était il y a 50 ans, mais c'est tellement bien traité, que cela parait bien actuel.


Les couvertures des 3 albums - © Casterman 2018.

 

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Androïdes – Tome 2 : Heureux qui comme Ulysse