9/10Beate et Serge Klarsfeld : un combat contre l'oubli

/ Critique - écrit par Cirriana, le 18/09/2020
Notre verdict : 9/10 - Une BD à lire et à partager

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Un roman graphique adapté du livre Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld (paru chez l’éditeur Flammarion).

Si vous ne connaissez pas le combat des Klarsfeld vous aurez tout pigé en un coup d’œil grâce à cette couverture très synthétique. Le dessin, de Sylvain Dorange, a trouvé comment mettre en perspective l’ensemble des sujets abordés sans utiliser de symboles (pas de drapeaux nazis, pas d’étoile de David). Cette couverture est très forte de par sa construction en deux parties. Le premier plan illustre le couple, intimement lié et se tenant par la main, lui un texte de lois sous le bras, elle un mégaphone à la main, résumant ainsi bien leurs actions. Entourés d’une dizaine de dossiers, d’une arme, ou encore d’une machine à écrire et de barbelés, ils sont à la jonction avec les fantômes du passé, dessinés d’un trait pale, qui ne sont autres que les prisonniers des camps nazis.


A la recherche de Brunner et du temps perdu

 

La deuxième qualité des bonnes BD historiques est la capacité à résumer les faits sans avoir des tartines de textes et à s’appuyer sur des planches allégées qui résumeront à leur place ce qui ne peut être écrit. La BD est longue, près de 200 pages, mais rien n’y est oublié. On y apprend une vie entière dédiée à un combat contre l’oubli. On apprend aussi dans quel état était l’opinion politique post seconde guerre mondiale : bercée par les politiques de réconciliation franco-allemande nécessaires à la construction de l’Europe en pleine guerre froide. Les anciens dirigeants nazis bénéficiaient ainsi d’une indulgence mondiale. Le combat des Klarsfeld a d’abord été de réveiller l’opinion publique pour obtenir justice par la prise de position politique. On apprend donc beaucoup sans tomber dans le misérabilisme.

Le scénario, de Pascal Bresson, oscille entre faits du passé antérieurs à 1965 et ceux après 1970. Les faits du passé, la racine des évènements, sont décrits par des tons gris alors que les évènements « actuels » sont peints dans les tons orangés ce qui colle parfaitement aux années 70.


Tout en orange


Le passé noir et en noir

 

On aime aussi la différence de trait pour dépeindre le caractère des deux protagonistes : Beate « la rentre-dedans » qui ose tout est dessinée par des traits anguleux avec des fentes pour les yeux, les lèvres et le nez.
Beate un peu énervée.

 

Et à l’opposé, Serge a été dessiné tout en rondeur, depuis ses yeux jusque son nuage de cheveux.Quand on lit un tel combat, on est heureux d’avoir à sa disposition à la fin du titre un album photo des protagonistes. Rien n’est fiction ici : tout est vrai et les photographies permettent de l’ancrer dans la réalité. Une BD qui se positionne donc comme un incontournable par le travail de synthétisation et le sujet traité.

 


© La Boîte à Bulles 2020.

 

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