9/10Batman - 1989 - Arkham Asylum / Les fous d'Arkham / L'asile d'Arkham

/ Critique - écrit par Kassad, le 12/02/2004
Notre verdict : 9/10 - Personne n'est innocent... (Ecrivez votre critique)

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Encore une fois Batman, encore une fois le Joker et comme toujours l'action se passe dans un asile de fous... Rire et mourir nous conte la génèse du Joker : quelles sont ses motivations, son histoire, pourquoi en est-il arrivé là. Arkham Asylum quant à lui nous montre celle de Batman. Accrochez-vous ça déménage. Pas forcément au niveau de l'action, étonnant pour un comics où l'on s'attendrait à d'éblouissants combats contre des adversaires monstrueux, c'est plutôt au niveau mental que l'action se déroule. Arkham Asylum peut même être vu comme un brillant roman psychiatrique. L'asile de fous d'Arkham est un miroir déformant où Batman contemple sa propre folie, tout comme l'est cette bande dessinée pour le lecteur.

Sous la conduite du Joker, en ce premier avril, les détenus du centre pénitentiaire psychiatrique d'Arkham se sont soulevés. Ils ont pris le personnel en otage et réclament Batman. Ce dernier, averti par le comissaire et contraint par les menaces du Joker, accepte de s'y rendre. Un intense combat psychologique s'engage.

Arkham Asylum n'est pas une BD ordinaire, aussi bien par les thèmes évoqués que par sa réalisation technique. La mise en place du scénario illustre à merveille les tensions psychiques que vit Batman. Certainement mieux qu'aucun roman ne pourrait le faire. On peut d'ailleurs tracer un parallèle certain avec l'emballage esthétique de The Cell et son voyage dans le subconscient d'un serial killer. Le dessin est torturé, formé par endroits de collages de photos à d'autres de dessins en noir et blanc, mélangeant des écritures d'écorchés vifs avec des visions de cauchemars dans lesquelles la dimension symbolique l'emporte toujours sur le réalisme. A noter que l'unique phase en accord avec la raison est la seule en noir et blanc.

Cependant, derrière cette façade plastique qui en ravira autant qu'elle en repoussera se trouve un fond d'une grande richesse. Un peu à la manière d'un sportif extrême, Batman se pousse lui-même dans ses derniers retranchements. Il plonge au tréfond de son subconscient pour y affronter ses démons intérieurs à la recherche de sa culpabilité. La mort violente de ses parents, tués par des malfrats sous ses yeux alors qu'il était enfant n'est toujours pas digérée... Le Joker apparaît dans ce one-shot comme un véritable thérapeute qui, en même temps qu'il fait souffrir Batman, va en fait finir par le délivrer. La lutte n'est pas entre Batman et le joker, mais ce sont Batman et le joker qui combattent ensemble. D'ailleurs, le joker agit en véritable psychotérapeuthe : il fait passer un test de Rorschach à Batman et ce dernier se prête aux associations libres d'idées.

La lecture de cette BD est éprouvante mais sa construction subtile en fait un véritable joyau qu'il est difficile d'appréhender dès la première lecture. C'est en effet plusieurs lectures du scénario qui sont possibles, l'une d'elles par exemple étant que tout se passe en fait dans la tête de Batman, que tout cela n'est qu'un cauchemar où chaque personnage symbolise une part de son inconscient, on peut aussi rester plus proche de la trame romanesque : une énième péripétie entre deux vieux ennemis. Mais quelle que soit la voie que vous choisirez, je suis sûr que cette oeuvre continuera longtemps de vous hanter. Et vous, qu'avez-vous à vous reprocher ? Quels sont ces rêves noirs qui coulent au fond de vous ?

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