7.5/10Batman - 1988 - Un deuil dans la famille

/ Critique - écrit par riffhifi, le 02/07/2008
Notre verdict : 7.5/10 - Sidekicked (Ecrivez votre critique)

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La mort de Robin en 1988 a fait parler d'elle. Pas seulement à cause de la rareté d'un tel événement dans l'univers des comics, mais surtout parce que celui-ci fut décidé par les lecteurs eux-mêmes...

Dans les séries de super-héros qui s'étendent sur plusieurs décennies, plusieurs moyens sont utilisés régulièrement pour réveiller les lecteurs : changer le costume des personnages, les marier entre eux... ou, plus radicalement, en zigouiller un. Selon l'importance du personnage, il sera plus ou moins susceptible de ressusciter au cours des années suivantes : Supergirl mourra dans le très complexe Crisis on infinite Earths en 1985, mais reviendra sous différentes formes à partir des années 90 ; Superman se fera écrabouiller par Doomsday en 1993, mais reviendra à la vie dans les mois suivants pour ne pas décevoir ses admirateurs ; en revanche, la dulcinée de Spider-man Gwen Stacy est restée morte depuis son meurtre par le Bouffon vert en 1973... et le Robin des années 80 n'est pas non plus sorti de sa
tombe (du moins pas avant les années 2000, et pas sous l'identité de Robin, mais ne compliquons pas un sujet qui l'est déjà suffisamment). Eclaircissons l'identité de ce dernier pour les béotiens : il ne s'agit pas là de Dick Grayson, le Robin connu des spectateurs de la série des années 60 et des films de Joel Schumacher, mais de Jason Todd, son successeur. Dick Grayson, ayant atteint l'âge où on en a marre de vivre dans l'ombre du « papa », est parti mener sa carrière en solo sous le nom de Nightwing. Batman l'a donc remplacé en 1983 par le jeune Jason, qui est lui aussi un orphelin dont le père a été tué par Double-Face (dans ses premières apparitions, il était dit que l'assassin de son père était Killer Croc, mais encore une fois, ne compliquons pas les choses...). Plus impétueux et moins obéissant que Dick Grayson, Jason prend souvent des risques inconsidérés et cause pas mal d'inquiétudes à son mentor...

En 1988, DC Comics décide d'impliquer plus fortement les lecteurs dans les évènements de leurs parutions. Les fan-clubs ont commencé à fleurir à travers les Etats-Unis, et les films de Superman sont très populaires (le Batman de Tim Burton ne sortira que l'an suivant) ; DC saisit donc une nouvelle opportunité de faire parler d'eux, en proposant un sondage portant sur la vie ou la mort d'un personnage. Un peu comme un spectacle de Robert Hossein, en somme : le public décide de la fin. Ainsi, après la parution du numéro 428 de Batman, dans lequel Robin s'est pris une méchante rossée à coups de barre de fer par le Joker (d'une violence graphique inhabituelle pour ce genre de parution, surtout pour les années 80) et s'est retrouvé enfermé dans un baraquement, les lecteurs furent invités à appeler un numéro spécial et à exprimer leur préférence : voulaient-ils que Robin vive ou meure ? Le résultat fut serré : 5271 personnes votèrent pour la vie, et 5343 pour la mort. Et à moins de 100 votes près, Jason Todd avala son extrait de naissance...


En dehors de l'aspect purement historique du récit, Un deuil dans la famille est marqué par une immersion surprenant dans la réalité de l'époque : parti à la recherche de sa vraie mère après avoir découvert que son père s'était remarié, Jason se retrouve au Moyen-Orient, en pleine guerre Iran-Irak. Quant au Joker, il est engagé par l'Ayatollah Khomeini, qui est un peu l'équivalent du  Saddam Hussein des années 90-2000. Assimilé purement et simplement à un super-vilain, il n'a aucune peine à convaincre le Joker de bosser avec lui ; celui-ci, désormais protégé par l'immunité diplomatique, ira donc se pavaner aux Nations-Unies en déclarant « I am proud to speak for the great Islamic Republic of Iran ; that country's current leaders and I have a lot in common : insanity and a great love of fish. » Manichéen, mais percutant.

Quant à Batman, cet épisode ne lui apporte qu'une tranche de tristesse supplémentaire, à ajouter au deuil de ses parents, dont il a fait le moteur de sa vie. En perdant Robin, perd-il un fils, un frère cadet ou (comme les commissions de censure ont pu l'insinuer dans les années 50, avant que Joel Schumacher ne le suggère franchement dans ses deux films) un jeune amant ? La relation Batman-Robin reste comme toujours ouverte à l'interprétation. Le héros de Gotham restera solitaire durant à peine quelques mois, avant de faire équipe avec le jeune Tim Drake, dont il fera le nouveau Robin en 1989. Il attendra 2004 avant de se choisir une Robin féminine, Stephanie Brown, qui mourra rapidement. Deux conclusions s'imposent : Batman préfère les hommes et, globalement, il porte la poisse.


Batman #426 - A death in the family 1/6 & 2/6 (novembre 1988)
Batman #427 - A death in the family 3/6 & 4/6 (décembre 1988)
Batman #428 - A death in the family 5/6 (décembre 1988)
Batman #429 - A death in the family 6/6 (janvier 1989)

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