9/10Batman - 1986 - Dark Knight

/ Critique - écrit par Kassad, le 11/02/2005
Notre verdict : 9/10 - Dark Fight (Ecrivez votre critique)

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Près de 20 ans avant la guerre en Irak tout était déjà écrit dans un comics. Qui l'eut cru ?

On croit toujours qu'on peut s'améliorer en vieillissant, gagner en sagesse, en philosophie. On croit toujours qu'on peut changer, qu'on peut avoir prise sur ses plulsions les plus intimes. Rien n'est plus faux. Au fond on reste toujours celui que l'on est, ce ne sont que les masques qui changent. Je l'admets cette vision n'est pas très optimiste mais quand on voit la gueule que tire notre super-héros costumé on se dit qu'il y a de quoi douter. Batman et son univers est avec Daredevil une des personnalités les plus complexes et les plus riches des comics. Il n'est donc pas étonnant qu'il ait, plus souvent qu'à son tour, inspiré les meilleurs scénaristes comme Alan Moore pour la BD, Tim Burton pour le cinéma, et Frank Miller pour son magistral Dark Knight. Publié en même temps qu'un autre monument de la littérature (j'hésite à la cantonner à l'univers de la bande-dessinée tellement cette oeuvre est forte et originale) Watchmen, Dark Knight traite des mêmes sujets : que deviennent les super-héros quand ils vieillissent ? Quand ils sont passés de mode et que personne ne croit plus en eux (même plus les lecteurs ?) ? A l'image de ces super-héros toujours ambivalents, Dark Knight et Watchmen sont les deux faces d'une même réalité. Bienvenue du côté obscur, celui de la nuit, au royaume de la chauve-souris.

Cela fait maintenant plus de dix ans que Batman s'est retiré après la mort de Robin. Dans les cours de récréations on ne croit même plus en lui. Le commissaire Gordon va bientôt partir à la retraite et Gotham city s'enfonce tous les jours un peu plus sous le crime. La bande des mutants fait regner la terreur dans les rues. Bruce Wayne (Batman au civil pour ceux qui ne seraient pas au courant) essaye de mener une vie normale, avec le commissaire ils se retrouvent autour d'un verre et de leurs souvenirs. Et les souvenirs de Bruce/Batman ne le laissent pas en paix. Il se réveille toutes les nuits encore et encore revivant l'assassinat de ses parents. Et tous les jours, il faut qu'il résiste à la tentation de remettre le costume pour se faire vengeance.

Comme il l'avait fait pour Daredevil et son Born again, Miller reprend un héros en perte de vitesse pour lui redonner une nouvelle impulsion. Le Batman qui nous est présenté est aux portes de la folie, d'ailleurs ses principaux adversaires, Harvey Dent et le Joker, le sont aussi. C'est pour cela qu'il existe entre eux une étrange attraction/répulsion. Batman ne peut se résoudre à les éliminer mais ne peut non plus les laisser s'échapper. C'est paradoxalement avec les "petits criminels" qu'il se lache : par exemple quand pour maîtriser un voyou il se demande quelle technique choisir pour finalement prendre celle qui fait le plus mal. Oui, Batman est un sadique pervers dont la récompense est la peur qu'il lit dans les yeux de ses adversaires. Ne vous attendez pas à du superman qui ramène l'enfant égaré à sa mère implorante. Non son truc à lui c'est de foutre la trouille aux méchants, comme une catharsis du traumatisme causé par la peur qu'il a eu dans son enfance. Alors on comprend un peu mieux sa sympathie pour Dent et le Joker, ils sont de la même famille en quelque sorte.

Miller ne fait pas qu'innover dans le caractère de Batman, c'est tout le monde qui gravite autour de lui qui est modifié. Il s'agit d'une vraie reprise en main. Ainsi la Bat-mobile ressemble plus à un char de combat énorme et tentaculaire qu'à une voiture stylisée. D'autre part Batman enrôle une petite jeunette surdouée pour remplacer Robin. Leurs rapports sont amusants et intriguants : père, frère, chef, mentor ou amant ? Ou tout à la fois ? De plus pour accentuer le côté sombre de son héros Miller lui fait combattre... Superman! Un Superman aux ordres de la maison blanche (on notera les belles caricatures de Reagan et de son style cow-boy) toujours trop lisse, toujours trop niais.

Dark Knight est traversé par des morceaux de show-télévisés en surimpression des images: on y voit comment la société réagit face au "problème" Batman et les contradictions qui la traverse. C'est un écho aux problèmes du héros qui ne sait pas si se faire justice soi-même, par ce qu'on le peut, est une bonne chose. D'un point de vue plus vaste, c'est ce problème pour l'Amérique que Miller traite... Près de 20 ans avant la guerre en Irak tout était déjà écrit dans un comics. Qui l'eut cru ? Mais comme je vous le disais en introduction croire que l'on peut changer en profondeur est une illusion.

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