9/10L'Autoroute du soleil

/ Critique - écrit par iscarioth, le 25/09/2005
Notre verdict : 9/10 - Baru's masterpiece ! (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 4 minute(s) - 1 réaction

L'Autoroute du Soleil est une vraie perle. On peut parler du chef d'oeuvre de Baru, auteur de grand talent que l'on aurait aimé plus prolifique...

L'auteur

Baru se révèle en 1984 avec le premier album de sa série Quéquette Blues, un succès instantané. Dix ans plus tard, le grand public le découvre avec L'Autoroute du Soleil, un impressionnant one-shot de plus de quatre cent pages qui récolte aussi le succès critique : Alph'art du meilleur album à Angoulême et Prix des Libraires Spécialisés BD en 1996. Paraissent ensuite Sur la route encore et Bonne Année, toujours de très bonne qualité mais au succès public moins grand...

L'histoire

Karim a 22 ans et une sale réputation. Il truande et fait l'amour à des femmes fortunées en échange d'argent. Alexandre, lui, est un ado de 17 ans à la vie tranquille, sans véritable histoire. Il voue une admiration sans borne à Karim. Eux deux vont être embarqués dans une grande course-poursuite, traqués par Raoul Faurissier, un membre déjanté du très fasciste « Élan National Français ».

Manga ?

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Alexandre
L'autoroute du Soleil, en 1995, a été présenté et vendu comme un manga. Techniquement, l'album présente beaucoup de similitudes avec les ouvrages de bande dessinée japonaise. L'organisation en chapitre, le noir & blanc, la pagination épaisse, le petit format, l'utilisation de la trame pointillée régulière... On a parlé alors de « manga européen », à un moment où commençait la déferlande manga. Mais l'histoire contée dans L'Autoroute du soleil n'a graphiquement rien du manga. Elle n'a d'ailleurs rien de très orientaliste ou exotique. Elle est même très « franchouillarde ». On parlera plus justement d'un roman graphique... On peut même dire d'un très bon roman graphique...

La France des beaufs

A l'image d'un Manchette pour la littérature, d'un Gaspard Noé pour le cinéma, Baru sait très bien cerner, représenter, caricaturer, une France qui dérange, cette « France d'en bas », cette France crasseuse et honteuse que l'on s'applique si souvent à maquiller... Une BD de Baru, c'est la France profonde, celle des gros beaufs répugnants au marcel trempé de sueur, celle des petits bistrots miteux, celle des prostituées quadrillant le parking d'une aire d'autoroute, celle des groupuscules d'extrême droite et des nazillons. Une France malade, aux banlieues enflammées par les émeutes et la répression. Une France qui a oublié Mai 68 et ses rêves pour aller vivre en HLM. Mais tout cela sans apitoiement et surtout sans démagogie ou récupération. On est loin d'un film comme Ma 6-T va cracker. L'Autoroute du Soleil ne déploie jamais de pathos. Bien au contraire... L'album fait souvent rire.

Personnages « à gueule »

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Karim
Le sourire est tout d'abord amené par ces personnages, toujours très drôles, qu'ils soient principaux ou secondaires. Il y a un coté cartoon. Baru, très influencé par Reiser, est un dessinateur « à gueule ». Il sait étirer au maximum les visages de ses personnages, jusqu'à l'extrême caricature, pour communiquer les sentiments. D'où un comique de situation toujours très efficace mais aussi un sens du suspense accru. Le dessin de Baru est d'ailleurs assez difficile à cerner, à classer. Les décors et objets sont toujours représentés d'une manière ultra-réaliste, clinique et sobre. Les personnages, eux, ont des corps qui se déforment sous le mouvement et des visages, comme on l'a dit, aux mines très prononcées.

Road comics

L'Autoroute du Soleil, comme son nom le laisse pressentir, est un road-comics, une BD basée sur l'action, les péripéties et la course-poursuite. L'album démarre au quart de tour. Au bout d'une vingtaine de pages, on est déjà à cent à l'heure et le rythme va aller sans presque jamais faiblir. Et c'est une performance, tenir en haleine le lecteur sur plus de quatre cent pages ! Le contenu de l'album va être à la hauteur de sa pagination. Les personnages sont tous très marquants, avec des caractères bien trempés. On s'attache à eux facilement et Baru a su les faire évoluer tout au long du récit. On remarquera le thème initiatique avec Alexandre, qui passe de l'adolescence à l'âge d'homme, mais aussi la folie, avec Faurissier, et l'amitié avec, bien sûr, notre couple de héros mais aussi la surprenante complicité entre Karim et René Loiseau...

Brut de décoffrage

2203372370_0g_250.On apprécie surtout une BD de Baru, et L'Autoroute de Soleil devant toutes les autres, à son coté très cru, sans détour. Dans une BD de Baru, ça fornique dans une ruelle sombre, au milieu d'un champ ou à moitié déshabillé dans le TER. Pas d'héroïsme ni de romantisme niais. Politiquement incorrect aussi, avec ces références assumées à l'extrême droite française et aux fanatiques nazis qui la compose... Seul défaut, celui que l'on retrouve dans beaucoup de romans ou films de course-poursuite : le sort qui s'acharne d'une manière démesurée. Les deux personnages ont la vie contre eux. Leurs adversaires sont toujours là au bon moment et au bon endroit. Une constante qui peut irriter, sur quatre cent pages...


L'Autoroute du Soleil est une vraie perle. On peut parler du chef d'oeuvre de Baru, auteur de grand talent que l'on aurait aimé plus prolifique...

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