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9/10Aura l'orpheline

/ Critique - écrit par Maixent, le 23/04/2013
Notre verdict : 9/10 - Je suis sans famille, je m'appelle Aura (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

En 2005 paraissait un nouvel album de Baldazzini, Sans Famille. Rapidement épuisé, l’édition de Dynamite ressort maintenant chez Delcourt sous un nouveau nom, Aura l’Orpheline.

Pas de grands changements  entre les deux si ce n’est que la nouvelle
La solitude d'Aura
édition est agrémentée d’un cahier graphique permettant  de mieux cerner le trait de l’auteur à l’état brut ou juste avant le passage de la couleur.  Pour le reste on retrouve cette histoire triste qui prend corps dans les bas-fonds de la ville, là où l’on fait commerce de son corps et où l’on est confronté à toutes les bassesses de l’humanité. Reste le rêve de l’innocence, les promenades oniriques et l’humanité subsistant malgré tout chez certains.

Aura vit dans la rue. Les cheveux en brosse, le regard empreint de mélancolie, abandonnée de tous, même par l’espoir. Son physique androgyne est sa force et sa faiblesse. Tombée par hasard dans un back-room, elle y fait la connaissance de Joe et  Carlo qui se proposent de l’héberger. De fil en aiguille, elle est engagée par une amie du couple, Safiria, en tant que serveuse, mais dans cette ville, de serveuse à entraîneuse il n’y a qu’un pas et si certains clients veulent la sortir du
Des clients difficiles
ruisseau, la plupart préfèrent la jeter dans le caniveau.

Avec le personnage d’Aura, Baldazzini pousse son crédo un cran au-dessus. Si dans Casa HowHard il apporte une certaine sérénité onirique très troublante, poussant le lecteur à se confronter à la notion de fantasme, ici, il fait jouer ses talents de poète sur un autre registre. On conserve cet aspect déstabilisant, avec un jeu sur les genres et les transgenres, une identité sexuelle affranchie de toute contrainte. La différence ici étant  la mise en avant de la douleur et du sordide. L’auteur se fait le chantre du glauque, fleur de bitume balayée par les vents de la vie, Aura incarne tout la misère du monde, telle La Goualeuse, prostituée de la Cité dans les Mystères de Paris. Elle porte le masque des grandes héroïnes tragiques, poursuivies par la fatalité. On y retrouve quelque chose de la Carlotta de Varenne, de ces personnages brisés par la perversion du monde. Aura aurait pu avoir un emploi de serveuse respectable qui l’aurait ensuite épanouie, mais non, elle
La poésie des caniveaux
fait partie de cette race maudite entrainée dans la logique du pire, condamnée à voyager sur un fleuve de merde comme nous le montre la dernière planche.

Au niveau technique, on reste sur un dessin maitrisé avec une ligne claire élégante parfaitement adapté à l’érotisme sensible de l’auteur. L’histoire est construite selon un schéma narratif efficace, la descente aux Enfers, pour arriver au trop plein de souffrance et finalement le point de rupture. On s’attache également aux personnages secondaires qui augmentent l’intensité émotionnelle, gravitant autour de l’héroïne pour lui donner plus de consistance.

Plus sombre et abouti que Beba qui se contentait d’enchainer les scènes de sexe, Aura l’Orpheline apporte une autre dimension aux récits de Baldazzini, confirmant ses talents de scénariste et permettant de se plonger dans un univers complexe et poignant. Poète du désespoir et n’hésitant pas à mettre les mains dans la fange pour en faire ressortir la beauté du désespoir, il livre ici une œuvre réaliste et touchante au-delà du simple récit érotique.

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