6/10Assassins - Tome 1 - Le docteur Petiot

/ Critique - écrit par Luz et riffhifi, le 29/05/2009
Notre verdict : 6/10 - Petit Petiot (Ecrivez votre critique)

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Un exposé intéressant mais purement factuel des exactions de Marcel Petiot, dont on aurait aimé explorer le psychisme plus en profondeur. Par le scénariste de Trent.

Afin d'inaugurer la série Assassins, Casterman réquisitionne les services de Rodolphe, scénariste à succès de Trent et du récent Kenya, tous deux avec le dessinateur Leo. Ici, c'est avec Jeanne Puchol, qui mène une carrière plus discrète mais joliment éclectique depuis 25 ans, qu'il entreprend de narrer les méfaits du docteur Petiot. En fait de collection Ligne Rouge, la jeune série semble plus axée vers le documentaire factuel que vers le polar à ambiance.


Pour ceux à qui le nom de Marcel Petiot n'évoque rien, rappelons qu'il s'agit d'un toubib qui, profitant de la période trouble de l'occupation allemande, détroussa et assassina plusieurs dizaines de personnes à qui il promettait préalablement une fuite vers la zone libre. Le personnage figure parmi les serial killers les plus célèbres de l'Histoire, avec Landru et Jack l'éventreur, et a fait l'objet en 1990 d'un film où il était interprété par un Michel Serrault inattendu.

Ce qui est inattendu, dans la présente bande dessinée, est sa totale absence de prise de position face aux évènements décrits. Les faits et gestes de Petiot sont décrits de l'obtention de son diplôme jusqu'à sa mort, sans qu'un accent particulier soit mis sur les horreurs qu'il a perpétrés. A vrai dire, ses meurtres sont majoritairement traités à l'ellipse : le texte nous informe par exemple que telle ou telle personne a disparu peu de temps après avoir côtoyé Petiot ; on ne nous montre qu'une seule fois le criminel aux prises avec un "patient", l'espace de quelques cases. Le dessin, réaliste, ne cherche jamais à exprimer de sentiment ou à créer de sensation, il illustre le plus souvent des dialogues ou d'anodines scènes de cyclisme urbain. La recréation des années 40 est minutieuse et documentée, mais le fait de ne jamais opter pour la dramatisation des scènes rend le graphisme un peu fade, d'autant que l'ambiance nocturne véhiculée par la couverture laisse place à un contenu essentiellement diurne.


A force d'exposer les simples faits sans jamais chercher à les interpréter, les auteurs passent à côté de l'occasion d'offrir un regard sur la psychologie du personnage, aussi fantasmée soit-elle. En même temps, le docteur Petiot semble être resté indéchiffrable aux yeux de ses contemporains eux-mêmes, y compris lors de son procès. Le résultat a quelque chose de pervers : on se surprend à être gêné de ne pas l'être, à regretter de ne pas se sentir coupable de voyeurisme. Avec son apparente simplicité et sa pédagogie presque scolaire, l'album laisse un goût paradoxalement assez étrange. A chacun de se faire une opinion sur le bonhomme : coupable de tout, irrécupérable psychopathe ? Opportuniste sans émotion, calculateur pathologique ? Ou bien être humain complexe, en proie au doute, qui a peut-être effectivement aidé certaines personnes tandis qu'il en découpait d'autres en tranche ? On aurait aimé que Rodolphe et Puchol offrent leur propre vision, ou lancent explicitement des pistes de lecture au lieu de se contenter d'une vision distanciée et atone. Les prochains Assassins seront-ils décrits de la même manière, ou une nouvelle équipe créative imposera-t-elle une autre approche ?

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