8/10Arawn - Tome 2 - Les Liens du Sang

/ Critique - écrit par athanagor, le 09/03/2009
Notre verdict : 8/10 - ... plein les murs (Ecrivez votre critique)

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Un an après, la boucherie Arawn rouvre et fait toujours des prix de gros et de groupe, sur de la bidoche de qualité, grâce au travail en laboratoire de Le Breton et Grenier.

Bien au chaud dans son domaine, Arawn continue le récit de son existence. Après l'ouverture faite sur sa mère, Siamh, ses pérégrinations avec les hommes-loups et la surveillance étrange dont elle est l'objet, Arawn relate de quelle façon il a conquis son royaume et le cœur de sa reine, Deirdre. Racontant ensuite les histoires de ses trois frères et de quelles manières ils conquirent chacun leurs royaumes, il termine en dévoilant le nœud du problème et quel événement finira par donner corps à la prophétie qui plane sur leurs têtes,  à l'annonce de laquelle Siamh l'avait épargné.

Toujours porté par l'irréprochable dessin de GrenJ'ai dit
J'ai dit "couchée" !
ier qui transforme ici l'essai stylistique marqué dans le tome 1, ce tome perd un peu de vitesse et l'attrait que l'on y trouve est amoindri par les besoins de l'installation de l'histoire. Très habitué à l'action brute et au débitage en tranche du premier volet, ainsi qu'à la profusion de références et d'évènements qui les accompagnaient, le lecteur a commencé à y prendre goût. Malheureusement, aucune histoire qui cherche à se développer intelligemment ne pourrait s'appuyer exclusivement sur de la baston et une propension marquée à l'hémophilie. Conservant tout de même les repères charcutiers à vocation cathartique qui accompagnent inévitablement les ouvrages d'Heroic Fantasy dont cette BD se réclame, le scénariste recentre son récit sur une période de temps plus courte. Le tome 1, narrant les années d'enfance et les traumatismes psychologiques attachés, imposait un rythme soutenu par le foisonnement des années et des expériences relatées. Ce tome s'intéresse à l'entrée dans la vie active des quatre frères et à leurs prises de pouvoir sur leurs royaumes, période nécessairement plus courte vu l'habileté de chacun à la castagne.

La subtilité de l'ouvrage apparaît, dans un premier temps, essentiellement graphique. Grenier respecte à la lettre les codes du genre, y compris vestimentaires, et tente même d'y adjoindre une touche personnelle, dont l'Histoire nous dira si elle était judicieuse (comprennent ceux qui liront). Pourtant, de retour sur l'ouvrage on trouve quelques subtilités narratives au mBon... ça, c'est fait...
Bon... ça, c'est fait...
ilieu de toute cette bidoche. Le récit de Le Breton est travaillé d'une façon à ressembler à un extrait de contes et légendes populaires, avec des approximations et des  élisions, des raccourcis, bref un extrait de tradition orale. Le dessin vient alors en renfort et complète par l'ajout de détails (généralement rouges) les oublis voulus du texte.

D'autre part, la fratrie prend également un sens symbolique dans sa composition.  Figurant déjà les quatre points cardinaux, un classement des vertus semblent aussi s'opérer, pour faire de chaque individu le représentant d'une station morale. Ce classement s'opère par le modus operandi de la conquête du royaume convoité. Arawn à Cymru (Galles) et Math à Erin (Irlande) y parviennent par le biais d'une  rage et d'une brutalité destructrice, portés par leurs armes, respectivement l'épée noire et la hache de Dag. Math y ajoute une folie sourde sur laquelle il n'a aucun contrôle, alimentée par un étouffant désir de vengeance. Engus lui, conquiert le royaume des angles par la ruse et la dissimulation à l'aide de son manteau invisible, alors que Kern, fils de Dag et jumeau de Math, semble être le seul à gagner son royaume d'une façon honorable, laissant le bâton des Sylves pour vaincre dans un combat à mains nues le roi des scots. On voit également par cet état en quoi la prophétie ne peut favoriser qu'Arawn, seul des deux brutes sanguinaires à ne l'être que par nature.

Le récit s'inscrit également dans la lignée des contes et légendes par le biais de ce truc que tout le monde connaît : la prophétie qui se réalise d'autant mieux que tous ceux qui en ont connaissance essaient de l'empêcher. Le côté inévitable est ici posé par leBoulot boulot
Boulot boulot
sujet même de la BD : Arawn raconte comment il est devenu le dieu des enfers. On évite donc totalement de faire du suspense ; Arawn est l'élu et il ne peut en être autrement selon le principe de la prophétie. Siamh, avertie de cette prophétie, ignore lequel de ses fils en bénéficiera. Elle espère que ce sera Math, son aîné, et tâche d'orienter le destin en ce sens, se conduisant ainsi, et bien malgré elle, de la façon la plus adéquate à favoriser Arawn et la destruction de la fratrie entière.

Album plus calme (quoique tout aussi sanglant) et plus centré sur le développement de la prophétie, le coup de frein était de toute façon nécessaire à la bonne tenue de la saga. Le premier album, porté par le foisonnement des actions, se lisait tout seul. Celui-ci accuse un ralentissement  de rigueur mais demeure un très bon ouvrage à la lecture encore envoûtante. En effet, à y regarder de plus près, l'action ne manque pas, et il faut bien se demander si, au final, l'ennui que la lecture distille ne serait pas un écho du propre ennui qu'Arawn, le guerrier, manifeste à être assis toute la journée sur son trône.

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