9/10Aquablue - Tomes 1 à 5

/ Critique - écrit par iscarioth, le 25/02/2005
Notre verdict : 9/10 - Jusqu'au tome 4... (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 6 minute(s) - 2 réactions

Critique du premier cycle (tomes 1 à 5) : en définitive, si la lecture du premier cycle est indispensable, il est très peu utile de s'aventurer au-delà du cinquième tome... Voire même au-delà du quatrième...

Nao, le tout premier tome de la série Aquablue, est paru en 1989. Thierry Cailleteau et Olivier Vatine sont les créateurs de cet univers, au succès déjà effectif. Jusqu'en 1993, année pendant laquelle paraît le quatrième volet de l'aventure, la série s'articule sans problème. La réalisation du cinquième tome va être très retardée par une mésentente qui va désunir le couple Vatine/Cailleteau. En 1994, Cailleteau entame un deuxième cycle Aquablue, avec la parution de Etoile Blanche en collaboration avec un autre dessinateur : Ciro Tota. Le premier cycle va finalement trouver conclusion en 1998 avec la parution du cinquième tome, Projet Atalanta, qui marque le retrait définitif de Vatine au dessin, au profit de Tota.

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C'est donc ce premier cycle, ce cycle originel, formé par les cinq premiers tomes, qui va nous intéresser ici. A sa sortie, Aquablue a fait l'effet d'une bombe. Disposant désormais d'assez de recul, on peut affirmer que la série est d'une importance capitale dans l'histoire de la Bande Dessinée. Le cinéma a ses Star Wars, son Blade Runner... Le neuvième art a Aquablue. Pour la première fois en bande dessinée, on a affaire à un univers fantastique foisonnant, mêlant une multitude de thèmes et de paysages. Un monde exhaustif et baroque, non dénué d'humour, qui n'est pas sans rappeler l'univers des films produits par George Lucas.

L'histoire

L'enfance de Nao, c'est un peu une histoire à mi chemin entre Superman et Titanic. Alors que leur vaisseau spatial va bientôt exploser, les parents de Nao réussissent à faire embarquer leur fils dans une navette spatiale en compagnie d'un « robot-nurse » prénommé Cybot. Pendant huit ans, le jeune garçon et son père « en fer blanc » vont errer dans l'espace avant d'atteindre une mystérieuse planète bleue peuplée d'autochtones humanoïdes : Aquablue.

Un futur en régression

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Comme un bon nombre d'oeuvres cinématographiques réalisées sur le sujet, Aquablue présente un futur en pleine régression. Cette régression n'est pas visible au plan visuel, comme dans Brazil de Terry Gilliam ou dans la Trilogie Nikopol de Bilal, mais est bien effective au niveau moral, politique. La Terre, dans Aquablue, est dominée et dirigée par de grandes multinationales qui jouissent du droit de former des armées et de coloniser des planètes. Les médias sont contrôlés, le pouvoir étatique apparaît comme faible et aucun contrepoids ne semble exister face aux tout puissants trusts. Ainsi, les hommes n'ont pas tant progressé. La technologie humaine atteint des dimensions incroyables. De grands vaisseaux spatiaux parcourent l'univers, des robots, incroyablement intelligents, ont la capacité d'élever les enfants des hommes. A coté de cela, les plus élémentaires droits de l'homme sont bafoués, l'univers est un espace de non-droit, d'anarchie, où sévit la piraterie. Les enjeux de la saga Aquablue sont clairement énoncés. Dans le deuxième tome, Planète Bleue, on peut lire : « l'homme d'aujourd'hui dans sa conquête des étoiles, commettra-t-il les mêmes erreurs que son aïeul du 18ème siècle colonisant le tiers monde ? ». Cailleteau, s'il met en exergue des interrogations idéologiques et écologiques très graves, n'est pas pour autant fataliste. Il met en scène une humanité manipulée et dominée mais aussi très contrastée, avec de nombreuses poches de résistance. La liberté est aussi incarnée par les indigènes d'Aquablue, qui luttent pour leur indépendance, contre l'esclavage.

Attachant et humoristique

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Les sujets abordés sont graves, en plus d'êtres universels. Aquablue, sans traiter ces thèmes avec légèreté, est une série qui fait beaucoup de place à l'humour. On est ici dans un comique de personnalité, de faire valoir. Les personnages qui gravitent autour du héros Nao sont très pittoresques, et les dialogues s'en ressentent. On a par exemple Cybot, petit robot à l'humour ravageur, Carlo, l'italien de service et Béatrice, la journaliste néophyte prête à tout pour un scoop... L'air de rien, on s'attache très rapidement à ces personnages atypiques. Nao, sous ses faux airs d'aryen bodybuildé, est un véritable écorché vif pour qui il est impossible de s'éloigner trop longtemps de sa bien aimée Mi-nuee et de son peuple sans sombrer dans une grande déprime. Le lecteur se sent concerné par la survie d'Aquablue et du couple Nao/Mi-Nuee, d'où un suspense grandissant, jusqu'au quatrième tome.

Projet Atalanta

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 La perfection eut été atteinte s'il n'y avait pas eu ce cinquième tome. Avec le départ de Vatine au dessin, c'est tout l'univers d'Aquablue qui s'écroule. Olivier Vatine avait réellement réussi à donner une âme à chacun des personnages, à les faire vivre sous nos yeux. Son trait avait pris de l'assurance, au fil des tomes. Entre Corail Noir, publié en 1993 et Projet Atalanta sorti en 1998, il n'y a aucune espèce de transition. L'arrivée de Tota au dessin jette un froid. Sous sa plume, les personnages ne sont plus les mêmes. On est face à un dessin trop anguleux, glacé, qui met beaucoup de distance avec le lecteur. Nao est devenu une espèce de Musclor bodybuildé à outrance, de nombreux personnages comme Rabah et Carlo ont beaucoup perdu de leur charme. Graphiquement, les humanoïdes d'Aquablue ont perdu ce qui faisait leur originalité. Le dessin de Tota, très carré, presque sans saveur, jure avec la fluidité et la proximité de l'ambiance créée par Vatine. Même scénaristiquement, ce tome cinq n'est pas du tout en adéquation avec ses illustres prédécesseurs. Projet Atalanta a été écrit à une époque où Cailleteau s'apprêtait à se consacrer au troisième cycle. On a l'impression d'un final expédié pour être tranquille et pour être « autorisé » à passer à autre chose. Un dénouement à la va-vite, avec un ultime duel entre Nao et le méchant de service dans les dernières pages et un happy end des plus consensuels. Quel gâchis !

Coloration et Recoloration

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Les deux premiers tomes de l'aventure Aquablue sont colorisés par Thierry Cailleteau. Beaucoup ont jugé la coloration trop fade, peu professionnelle. On peut remarquer une réelle artisanalité qui ne manque pas de saveur. Les étoiles sont soufflées à la paille, certains décors manquent de nuance, avec des aplats uniformes de couleur. Rien de vraiment dérangeant, au contraire, une coloration qui a du charme. A partir du tome 3, Isabelle Rabarot prend le relais. Coloriste expérimentée, elle assure la mise en couleur d'Aquablue jusqu'au tome 4, en respectant l'atmosphère et certaines techniques employées par Cailleteau dans les deux premiers volets. La transition se fait agréablement, c'est tout juste si certains lecteurs remarquent la différence. Florence Breton assure la coloration du cinquième et dernier tome du premier cycle. A l'image du dessin et du scénario, la coloration de ce Projet Atalanta diffère très largement de ce qui a été fait jusqu'alors. Début des années 2000, dans l'optique de la réédition des deux premiers albums de la série, une recoloration a eu lieu. On a repris des planches vieilles de plus de dix ans et on les a gribouillées de couleurs flashs très à la mode. La peau de Mi-nuee n'est plus d'un violet très pâle mais d'une nuance presque marine. Les cheveux de Nao ont perdu toute leur clarté et sont repigmentés d'un jaune d'oeuf pétant. Légitimement, on peut se demander l'intérêt d'une telle opération de recoloration. Cette entreprise pose un problème majeur : un album de bande dessinée est-il un produit modulable car industriel ou une oeuvre d'art à part entière, intouchable comme le tableau d'un grand peintre ?


Les tomes 6 et 7 forment un deuxième cycle qui, loin d'égaler la qualité du premier, a le mérite d'en dire plus sur les origines de Nao et, au passage, d'en rajouter une couche sur un futur fait de manipulations politiques. Sur l'ensemble des deux tomes, le scénario, non linéaire, est d'assez bonne qualité. Les choses se compliquent à partir du tome 8. Fini Nao en slip bleu sur Aquablue, rêvant de vivre en paix sur son petit bout de planète en compagnie de sa bien aimée. Le héros est maintenant devenu une espèce de Captain Planet, de justicier écologique interplanétaire. La planète Aquablue et des personnages comme Mi-nuee sont complètement abandonnés. En définitive, si la lecture du premier cycle est indispensable, il est très peu utile de s'aventurer au-delà du cinquième tome... Voire même au-delà du quatrième...

 

Tome 1 : Nao
Tome 2 : Planète Bleue
Tome 3 : Le Mégophias
Tome 4 : Corail Noir
Tome 5 : Projet Atalanta

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