8/10L'Appel du fossoyeur

/ Critique - écrit par riffhifi, le 31/10/2008
Notre verdict : 8/10 - L'appel du 31 octobre (Ecrivez votre critique)

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Durant vingt ans, Foerster a broyé du noir chez Fluide Glacial... Un cocktail d'humour sadique et d'épouvante sophistiquée qui porte la patte d'un auteur à la personnalité singulière.

Dans les pages de Fluide Glacial, magazine religieusement dédié à l'(h)umour, un trublion fait son apparition dès 1979 avec son cortège de fables horrifiques, peuplées de visions cauchemardesques et de tortures angoissantes. S'il a migré au cours des années 2000 vers Casterman et Le Lombard, chez qui il développe des récits complets et des séries (Gueule de bois), ce Bruxellois n'en laisse pas moins onze albums publiés chez Fluide, résidus tangibles de ses deux décennies passées à hanter le journal qui lui donna la possibilité de s'exprimer (ses toutes premières parutions en magazine s'étaient faites dans Tintin). Ne cherchez pas son
nom, on n'est pas dans Questions pour un champion : c'est Philippe Foerster, et L'appel du fossoyeur est son troisième recueil, après Certains l'aiment noir (1982) et La soupe aux cadavres (1983).

Composé de huit histoires, l'album est un échantillonnage assez représentatif du style de Foerster : malédiction (La grimace de Monsieur Goufignol et La baleine morte, deux épisodes qui se ressemblent beaucoup), paranoïa (Histoire porcine et Jalousie), cauchemar (La fugue, Le fossoyeur de papier)... L'épisode Eructation acide n'est pas sans évoquer la démesure du court métrage animé Eat, que réalisera Bill Plympton en 2001 (et que les amateurs gourmands retrouvent sur le DVD des Mutants de l'espace). Quant à la dernière histoire, L'araignée mélomane, elle crée de façon plus affirmée que les autres un univers fantasmagorique, assorti de visions et d'idées qu'on a pu retrouver sous une forme plus lisse dans la récente trilogie de Morvan et Formosa Double Gauche.

Usant avec bonheur du noir et blanc qui constituait à l'époque la norme de Fluide Glacial, Foerster y développa un look immédiatement reconnaissable, fait de contrastes quasiment expressionnistes prisonniers dans de larges cases étirées en hauteur, et de personnages aux visages émaciés, creusés de façon disproportionnée par les rides et les cernes qui leur donnent un aspect perpétuellement angoissé. On note également le goût du bédétiste pour les
patronymes à coucher dehors : ici, on croise Albert Dumollard, maître Poulpemou ou encore Nestor Desguogues...

Si les histoires se présentent souvent sous forme de contes cyniques reposant sur une chute grinçante, certaines offrent au contraire un intérêt par la nature même de leur concept ou de l'univers qu'elles créent. Un univers souvent peuplé de monstres animaliers : qu'il s'agisse d'une femme-cochon ou d'inquiétants hommes-crevettes cachés dans les placards, les mauvais rêves de Foerster sont généralement apparentés au règne animal, qui semble toujours prêt à prendre l'ascendant sur l'humanité au moment où l'on s'y attend le moins.

Si les derniers albums que le dessinateur publira chez Fluide finiront un peu par tourner en rond, les premiers comme L'appel du fossoyeur possèdent une incontestable spontanéité dans l'horreur... et rappellent que Foerster n'a pas eu besoin de beaucoup de temps pour trouver son style.

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