8.5/10Angle mort

/ Critique - écrit par iscarioth, le 29/05/2007
Notre verdict : 8.5/10 - Caméra à l'épaule (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 2 minute(s) - 8 réactions

Belle réussite de la vue subjective dans un polar noir, très noir. Un petit bijou doté d'une force physique des plus violentes. A ne pas manquer !

Quatre albums pour lancer la collection KSTR en ce mois de mai 2007, dont deux appartenant au genre polar. Si Missing nous emmène du coté des policiers américains, Angle mort, lui, s'incruste chez les malfrats bruxellois. Autre ambiance.

Les premières pages nous présentent deux policiers en service. Dès les premiers moments d'échanges quotidiens entre les deux collègues, le lecteur s'imbibe des personnages, commence à imprégner des visages sur sa rétine. Le jargon policier utilisé renforce la crédibilité, l'humour des personnages provoque l'attachement et l'envie d'en lire plus... Mais, stop. Fonteneau et Balez, par cette introduction, affichent et préviennent de la dureté du récit à venir en désintégrant ces personnages embryonnaires de la pire des façons qui soit. Vous êtes prévenus, ici, c'est le genre noir, et ça le restera, jusqu'à la dernière page, sans aucune concession.

L'histoire contée est celle d'un tueur d'homme chargé de liquider un politique en charge d'affaires européennes. Le professionnel est escorté par un local, une petite frappe des quartiers des Bruxelles, Ketje. Ce dernier pisse dans le canal et ça le met de bonne humeur. Humeur qu'il conserve rarement très longtemps au beau fixe. Tout l'irrite, et son irritation a du bon lorsqu'il s'agit de fracasser la tête d'un petit dealer contre une vitre, de se faire obéir des récalcitrants ou de rentrer dans des clubs trop privés...

L'autre personnage, c'est vous, ou presque. Fonteneau et Balez se sont essayés au difficile exercice de la narration subjective. Vous vous trouvez dans la peau du personnage, presque sans jamais voir son visage. Peu d'expériences de ce type ont été menées au cinéma (souvenez vous de La femme défendue de Philippe Harel), et encore moins en BD. Les auteurs remportent brillamment leur pari narratif. On n'est pas déboussolé longtemps, on se prend au jeu et le mystère est cultivé autour de ce silencieux et peu visible personnage. Les dessins sont parfaitement adaptés à la teneur du récit, les ambiances sont crades au possible, les couleurs nauséeuses et brunâtres. Le trait épais d'Olivier Balez renforce des visages sourcillants, toujours dans la pénombre. Le sexe, la violence verbale et physique se fondent dans le décor sordide d'une ville de Bruxelles revisitée.


Angle mort est le petit bijou du moment, un indispensable pour tout amateur du genre noir. A ne pas manquer.

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