8/10Alec - Tome 2 - Graffiti Kitchen

/ Critique - écrit par gyzmo, le 04/10/2007
Notre verdict : 8/10 - Graouugrr ! (Ecrivez votre critique)

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Même si Campbell n’aborde que rarement son activité artistique – notamment dans un tour du monde en 80 cases exaltant, les accros du bonhomme seront ravis d’en savoir un peu plus sur cet auteur à l’œil aussi piquant qu’une mine de crayon acérée.

Vous ne vous en souvenez peut-être pas (encore), mais à quelques mois des présentes lignes, La Bande du King Canute avait déjà fait couler un joli filet d’encre évanescente sur les pages virtuelles de Krinein. Par l’entremise d’une chronique tout à fait gallusienne, nous apprenions avec surprise - car inédite en France - l’existence du dénommé Alec MacGarry, créature se voulant mythologique, avant tout copie conforme du légendaire dessinateur Eddie Campbell. En ce début d’octobre, les éditions Ca et Là remettent le couvert avec Alec, Graffiti Kitchen, second volet d’une trilogie dite « autobiographique » et dont Campbell himself fût l’un des précurseurs anglo-saxons. Si le noir et blanc reste toujours de rigueur, l’auteur n’hésite pas à changer de style graphique et narratologique tout au long des trois parties distinctes de ce périple mouvementé.


Réflexion Existentielle
Roman graphique croqué à la va-vite, "Graffiti Kitchen", instaure un rythme nerveux, pas si éloigné que cela de l’empreinte littéraire d’un Easton Ellis assagi et de ses percutantes Lois de l’Attraction. Dans cet espace fragmenté - prolongeant de quelques mois la Bande du King Canute, Campbell choisit de faire dans l’ébauche simplifiée (et non simpliste) et la souligne avec harmonie par de jolis textes épurés. D’emblée, l’autodérision est l’une des grandes facettes de la personnalité d’Alec MacGarry aka Eddie Campbell. Cette particularité jubilatoire est d’ailleurs transfigurée par tout un tas de (pseudo) croquis à l’aisance évidente et travaillée. Le trait de Campbell capte l’essentiel, évite l’esbroufe graphique tout en revêtant à de nombreuses reprises un visuel inspiré, surtout lorsqu’il est question de représenter les instants intimes de la sexualité. De ce point de vue, l’esquisse de Campbell esquive avec talent et juste assez de pudeur le graveleux, le racoleur ou le trop sombre. Il nous embarque dans un quotidien terre-à-terre (les amis, les amours, les emmerdes), interféré par des personnages surréalistes (le fantôme du Moyen Age), ponctuellement sublimé par des vignettes allégoriques d’une pertinence onirique étonnante.

"La Petite Italie", escapade australienne, et "La Danse de la Vivie et de la Mort", quant à elles, s’articulent autour d’histoires majoritairement courtes et souvent enjouées. Pour certaines, Campbell adopte une mise en page classique avec des dessins plus aboutis, parsemés de niveaux de gris, de collage et de vignettes tracées à la serpe. Pour d’autres, il replonge dans le fondamental, le tracé instantané et synthétique. Le mélange est agréable, voire dépaysant. Ceci étant dit, difficile de rendre mémorable chaque anecdote qui forme cet ensemble éclectique dans lequel s’illustrent côte à côte (et sans queue ni tête apparente) légendes urbaines, faits-divers absurdes, souvenirs de famille, gags, délires et étranges rêves. Avis aux réfractaires et fanatiques du premier degré : les incursions du côté du non-sens so british sont nombreuses. En effet, l’idée étant de rendre des moments anodins suffisamment intéressants pour le lecteur, Campbell touche au but via une représentation légèrement surréaliste de ses parcelles de vie. Ce n’est pas toujours digeste, mais sans ces intervalles singuliers, Alec ne serait vraiment pas intéressant.

Grâce à son cachet authentique, sa dose d’humour, de tendresse et d’absurde, la lecture de Alec, Graffiti Kitchen est fluide. Les idées véhiculées, immédiates. L’impression de fouiner dans un journal de bord stylisé est totale. Le plaisir qui en découle, également. Même si Campbell n’aborde que rarement son activité artistique – notamment dans un tour du monde en 80 cases exaltant, les accros du bonhomme seront ravis d’en savoir un peu plus sur cet auteur à l’œil aussi piquant qu’une mine de crayon acérée. Vivement Comment Devenir Artiste, prochain et dernier volet de cette trilogie autobiographique !

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