6.5/10Albin et Zélie

/ Critique - écrit par hiddenplace, le 09/08/2012
Notre verdict : 6.5/10 - Subterranean Homesesick Humans (Ecrivez votre critique)

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Esquisser une rencontre amoureuse sans tomber dans les clichés est pari difficile en bande dessinée comme ailleurs. C’est pourtant la thématique dominante de ce premier roman graphique de Yannick Marchat, qui choisit deux personnages très différents et une aventure totalement atypique comme ciment principal.  Albin est un jeune homme dans la trentaine, solitaire, réservé et complexé par son physique. Un jour, son chemin croise par hasard celui de Zélie. Sa personnalité à l’opposé de la sienne ne le rebute pas : elle est délurée, exubérante, parfois égocentrique. Il n’en faut pas beaucoup plus à Albin pour chercher le contact, et si la première tentative – rationnelle - se solde par un échec, une pincée de piment et de paranormal pourrait peut-être bien fonctionner.

Albin et Zélie
DR.
L’aventure amorçant peu à peu la relation entre Albin et Zélie se révèle singulière, ponctuée de situations oniriques et de touches de science-fiction dépaysantes : elle nous embarque rapidement. Elle fait parfois penser à une sorte d’escapade au Pays des Merveilles, sauf qu’elle est partagée par deux héros au lieu d’un seul.  Les personnages sont hélas assez stéréotypés : l’éternel loser, gentil et naïf, qu’une expérience extrême et dangereuse rapproche d’une demoiselle sûre d’elle, impertinente et blasée. Albin se montre tout doucement attachant, même si l’on souhaiterait que l’aventure le pousse à évoluer davantage et à s’affirmer au contact de ce fort caractère. Si en revanche, on se sent sceptique face aux caprices et à la tonalité désinvolte de Zélie, parfois too much, elle se montre toutefois bien plus intéressante dans ses moments de vulnérabilité. Les personnages secondaires et éléments annexes qui ponctuent le récit sont quant à eux très rafraîchissants : les déboires décalés du poisson rouge Jacques-Yves apportent leur touche d’absurde mais aussi de bon sens, le faisant officier comme la conscience personnifiée d’Albin. La présence d' Elise, la sœur enceinte, de Zélie (le miroir de Zélie jusque dans son prénom) devient symbole de la responsabilité suprême et du passage à l’âge adulte dans le « ménage à trois » des personnages. Et même si son souvenir s’efface par intermittence lors de certaines étapes du périple, elle reste un fil rouge à l’arrière-plan, signifiant un réel retour à la « maison ». On pourra cependant regretter que l’escalade des émotions chez les tourtereaux soit un peu trop précipitée, rendant la chute du récit émouvante mais malheureusement parachutée.

Albin et Zélie
DR.
Yannick Marchat se retrouve entièrement aux manettes de ce premier roman graphique, et si la narration pourrait être plus étoffée, son graphisme tout en noir et blanc est très expressif : un trait rond et nerveux qui accentue la douceur d’Albin et la pétulance de Zélie. La construction des planches est à l’image de l’aventure vécue par les protagonistes : touffue et dynamique. On salue également les cadrages audacieux, bien qu’ils fassent par moment perdre en lisibilité. La représentation des volumes et des contrastes, à coup de trames minutieuses et d’aplats tranchés, touche juste et immerge le lecteur dans le foisonnant univers traversé, mélange de faune et flore aquatiques et de jungle amazonienne, de zones d’ombre et de lumière, de chaud et de froid. Comme les deux héros, on savoure le plaisir de croiser en l’espace de quelques pages, des insectes géants, une tempête de neige et une pluie de météorites. La richesse visuelle et organique de ce monde singulier a parfois les accents d’un trafic corporel interne, tout comme la frontière semble infime entre voyage inconscient et réalité.

Histoire d’amour fondée sur des bases somme toute classiques, Albin et Zélie se démarque par sa richesse graphique, le trait maîtrisé et attachant de Yannick Marchat, et la fluidité du récit autour de ce périple insolite. Plusieurs thèmes sont sensiblement esquissés : le passage à « l’âge adulte », la prise de confiance, l’émancipation d’une personnalité définie. On regrette simplement que, bien que touchants, les personnages ne soient pas plus nuancés, et que l’évolution précipitée de leur relation naissante ne nous immerge pas autant que l’incroyable voyage auquel ils prennent part.

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