7/10Alamo : les fils du fort de terre

/ Critique - écrit par athanagor, le 21/05/2011
Notre verdict : 7/10 - Qui avait oublié que Louis Rose est « Moses » ? (Ecrivez votre critique)

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A la manière d’Umberto Eco pour Le nom de la rose, Dobbs manipule l’histoire pour en donner sa version. Astucieux et dynamique, l’ouvrage laisse malgré tout quelques doutes.

Du 23 février au 6 mars 1836, la guerre d’indépendance de la république du Texas connaît son événement le plus marquant :
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le siège de Fort Alamo. Celui-ci déterminera à terme l’issue de la guerre et restera associé à la disparition de personnages illustres du folklore américain : William Barret Travis, James Bowie et bien sûr David Stern Crockett. Un autre nom marquera cet épisode, celui de Louis « Moses » Rose. Ancien soldat de Napoléon, cet ardennais va devenir pour les Américains la personnification du lâche. Le jour du dernier assaut, il sera le seul à refuser de rester dans le fort pour y subir une mort certaine (à 187 contre 1500, tout le monde s’en doutait un peu) et aussi le seul Français à des kilomètres à la ronde. Il n’en faudra pas plus pour qu’on nous colle une réputation indécrottable, et ce jusqu’au moment de la dernière guerre du Golfe.

C’est du point de vue de ce Français que les auteurs choisissent de nous relater cet évènement historique, en l’insérant dans un complot machiné par Samuel Houston, autre figure historique attachée à cette histoire,
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qui deviendra le premier président de la République indépendante du Texas. Bien que ce tome ne nous relate que les premiers instants du siège et se concentre sur l’arrivée de Crockett, tout est mis en place pour nous faire comprendre comment cela va se terminer. Faisant le choix de suivre Rose, Dobbs se sert assez habilement de l’Histoire pour raconter la sienne. Comment comprendre qu’un ancien soldat de Napoléon, qui a connu le champ de bataille plus qu’à son tour, puisse du jour au lendemain tourner les talons, sinon dans le cadre d’un plan machiavélique dont il était là pour s’assurer du bon déroulement.

Au service de cet aménagement de l’Histoire, on découvre sur Krinein le travail conjoint de Fabio Pezzi et Darko Perović qui donne un résultat tout à fait intéressant. Réaliste, vivant, au plus près des caractères, le dessin parvient parfaitement à saisir et retransmettre une ambiance crédible. Tout en retenue et sans aucun écart de traitement, il donne vie à ces visages et ces décors, qu’on ne connaissait que sur des vieilles planches argentiques, et qu'on aura désormais moins de mal à s’imaginer vivre.

Le seul point objectivement sombre de cet album se trouve en plein milieu de la page 28, sous la forme d’une immonde faute de conjugaison, qui pourra, pour certains, entacher le reste de la lecture. Cette erreur est d’autant plus regrettable que, relatant un événement historique, l’ouvrage revêt un aspect éducatif fortement prononcé, même si son traitement en est romancé. Espérons que ce genre de
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bévue poussera les maisons d’éditions à s’offrir les services de correcteurs et passons à autre chose. Car en effet, hormis ce point, il faut avouer que la lecture ne saurait être plus satisfaisante, entrainée par la narration et le dessin qui se complètent dans un excellent équilibre.

Pourtant, et malgré ce constat positif, on est tiraillé par une curiosité vis-à-vis du tome 2 et par une impression inexplicable que cette suite sera décevante. Difficile à analyser, cette impression s’appuie peut-être sur l’évidence du dénouement, que pourtant le bon rythme de lecture serait susceptible de nous faire oublier. Peut-être sinon faut-il reconnaître le doute inconsciemment formé que cette histoire ne saura pas se mesurer avec justesse à un événement historique aussi colossal.

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