9/10Akron, le guerrier - Tome 1 - Le Talisman des âmes

/ Critique - écrit par athanagor, le 21/08/2009
Notre verdict : 9/10 - A cran (Ecrivez votre critique)

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Toute nouvelle équipe en provenance de Florence, les quatre auteurs délivrent ici, sur une base très moderne, une œuvre d'heroic fantasy surprenante et poignante.

Akron est capitaine dans l'armée du roi Frederick, en terre d'Adzen. Pourtant, il ne connaît la guerre que de nom, le royaume vivant en paix depuis des décennies, et son palmarès ne compte que quelques animaux étranges tués lors de chasses où il peut démontrer son habileté martiale. Pourtant cette paix est fragile, car la famine guette, et il n'est pas de peuple en paix qui ait le ventre vide. Pour pallier ce problème, il faut gagner des terres, mais cela prend de l'énergie, des trésors de manipulation et surtout du temps, beaucoup de temps. Ce temps Frederick ne l'a pas, mais il peut en gagner. Pour cela il ne lui suffira que de quelques alliés et d'un sacrifice.

C'est un quatuor de jeunes auteurs italiens qui est à l'origine de cette BD que, fidèle à une certaine tradition, la maison Soleil dévoile ici. Cette tradition c'est la mise en avant d'auteurs inconnus à qui on laisse une première chance, quitte à ne pas continuer la série en cas de résultats mitigés. Si cette façon de faire donne, il est vrai, beaucoup de résultats en demi-teinte, il parvient jusqu'à nous quelques réussites, au nombre desquelles cet ouvrage.

Au commencement, il y a cette couverture, qui résume à elle seule toute l'intensité dont est capable Nicola Saviori. A l'origine d'un trait assez rond, à la fois caricatural et capable d'une variété de détail, on pourrait dans un premier
temps l'imaginer seulement capable d'exposer factuellement son sujet, avec un léger supplément de style pour toute originalité. Mais sa capacité va bien au-delà du simple descriptif et il suffit de se concentrer sur le visage du personnage central de cette couverture pour que l'illustration se pare d'un sens bien plus profond et viscéral. Le compagnon d'effort de Saviori, Luca Saponti, rajoutera tout au long de l'ouvrage, comme sur cette même couverture, par l'usage de la couleur, des éléments eux-aussi à l'apparence simple, mais recélant la capacité d'exprimer le réel, de texturer et de rendre tangible l'illustration.

C'est dans ce même sens que va se dérouler tout l'opus. Partant d'une histoire assez banale, avec une galerie de personnages comme autant d'archétypes, la trame va aller en se développant d'une manière telle que le lecteur sera pris dans l'état d'esprit général, qui caractérise cette armée et ce capitaine novices. Tout se passera pour le mieux dans ce royaume paisible, auquel l'excellente imagination des auteurs adjoindra des animaux fantastiques et grotesques pour le plus grand divertissement du lecteur. Tout se déroulera comme on l'espérerait dans un ouvrage de ce genre, avec une certaine bienveillance et une certaine douceur, allant jusqu'à nimber d'un voile dédramatisant le complot qui propulse l'histoire. Même les hommes de
mains, à la mine pourtant patibulaire, semblent faire partie de cette poésie ambiante, de ce monde à l'ordre réglé, où les militaires envisagent de se reconvertir dans le dessin et fument de l'herbe pendant les bivouacs de campagne.

Tout ira bien... jusqu'à ce que le principe de réalité qui habite déjà l'illustration dans sa profondeur, fasse irruption dans l'histoire. Et c'est alors, avec une fulgurance, une cruauté et une horreur propre à la nature vraie de la guerre, qu'une violence brutale et aveugle va prendre le dessus, pour quelques instants, saisissants. Cette réalité, on n'ose y croire et pourtant on sait qu'il ne s'agit pas d'une mystification et que c'est bien ça, le vrai. C'est donc un dur réveil pour le personnage principal qui devra prendre des décisions qu'on imagine terrible pour lui, l'ayant un peu côtoyé. Mais le réveil est aussi dur pour le lecteur, qui ne souhaitait pas que tout ceci arrive, du moins pas comme ça.

Ainsi bercé, on est mis dans l'état d'esprit de ces jeunes militaires qui n'ont connu d'autre violence que celles de commerçants du quartier envers les animaux qu'ils vendent, vivants ou morts. Le chemin narratif préparé par les auteurs, Daveti et Trinchero, est tout aussi inadéquat à la conclusion de l'album que peut l'être la préparation militaire de ces jeunes gens aux vrais affrontements, dont les gesticulations défensives finissent par se révéler aussi dangereuses pour leurs troupes que les assauts ennemis.

Pris aux tripes par ce final, on constate le talent des auteurs. Ayant réussi à préparer sournoisement, par le dessin et l'histoire, cette capture dans et devant la BD, il convient de reconnaître que pour une première BD, il s'agit d'un coup de maîtres. Bien sûr les autres tomes ne bénéficieront pas du même effet de surprise, mais l'imagination, ainsi qu'une certaine appréhension de la psychologie dont font preuve les auteurs, leur permettra sûrement d'honorer leur contrat.

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