5/10Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit ?

/ Critique - écrit par iscarioth, le 22/10/2006
Notre verdict : 5/10 - « J'ai laissé mon pipi pour que tu puisses faire pipi dedans » (Ecrivez votre critique)

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - 1 réaction

Les gags font très peu souvent rire, peuvent exaspérer par leur côté pipi-caca, et ce malgré une tendresse évidente.

On est habitué à lire les albums des éditions Ca et là sous la forme de volumineux romans graphiques. Petite novation éditoriale pour ce nouvel album, longuement intitulé Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit ? L'album se présente sous la forme d'un petit livret de 71 pages, d'à peine 11 cm de largeur et 16 de hauteur. De quoi attirer l'oeil curieux...

46590_250.Chaque page du petit album nous présente une planche en quelques cases, souvent sur deux lignes. Les contours sont irréguliers, l'intérieur des cases est griffonné. L'ensemble est plutôt nerveux. Il y a quelque chose d'atypique, de particulier chez Liz Prince, et l'on ne mettra pas ça sur le dos d'une hypothétique maladresse, la jeune dessinatrice ayant étudié les Beaux-arts à Boston. Les silhouettes sont volontairement gribouillées, pas totalement finies. On retrouve encore sur les visages des personnages les fameuses lignes de proportion et de perspective, qui servent aux dessinateurs de base de construction. En général, les dessinateurs construisent cette charpente, élaborent ensuite le visage et, à l'encrage, ne repassent que les contours et l'intérieur du visage. Les lignes de construction, appliquées au crayon de bois, sont ensuite effacées à la gomme. Ici, Liz Prince repasse ces lignes de construction à l'encrage comme s'il s'agissait d'une partie intégrante du visage (voir les vignettes ci contre). Le résultat est assez déstabilisant. On retrouve aussi des approximations, des maladresses anatomiques qui semblent être volontaires (les cuisses de Liz, page 44, la pliure du bras page 58). Les membres des protagonistes sont comme des bouts de chewing gum qui s'étirent à l'infini (pages 9 et 15).

46591_250.Côté scénario, Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit s'inscrit dans la veine très réputée de l'autobiographie américaine d'auteur. Cet album de Liz Prince a d'ailleurs été publié chez Top Shelf, éditeur de prestigieux auteurs tels Craig Thompson et Alex Robinson. Comme l'indique très bien la couverture, Liz Prince nous parle de sa vie de couple, sur un ton pour le moins caustique. Construit autour de petits gags en une planche, qui n'ont pas tous de véritable chute, l'album nous dévoile tout de la vie intime de Liz et de son compagnon. Les couples ont bien souvent, entre eux, des jeux très personnels, intimes, parfois grotesques. C'est cette intimité là que Liz nous dévoile, la jeune dessinatrice se plaçant bien dans la continuité de l'héritage laissé par Joe Matt et son degré zéro de pudeur (ou son degré suprême d'honnêteté). Le couple présenté est fusionnel, pour ne pas dire possessif, même si les choses sont toujours montrées sous un angle très humoristique. On ne tombe jamais ici dans la mièvrerie, mais on flirte légèrement avec le ridicule, tant la relation entre Liz et son petit ami est fusionnelle ou « scabreuse », comme le diraient nos amis les réacs. Pour exemple, le compagnon de Liz la presse fort au niveau du ventre alors qu'elle est sur les toilettes pour « faire sortir tout son pipi »...


Tu m'aimeras encore si je fais pipi au lit ? est un album original, tant sur le plan graphique qu'éditorial, mais, dans le fond, ne présente guère d'intérêt. Les gags font très peu souvent rire, peuvent exaspérer par leur coté pipi-caca, et ce malgré une tendresse évidente.

A découvrir
Joe Bar Team
Joe Bar Team
Joe Bar Team
Joe Bar Team
V pour Vendetta
V pour Vendetta